Ludovic Friat : « Ce n’est pas la peine de faire des États Généraux de la justice pour dénoncer l’asphyxie de notre justice »

Ludovic_Friat_20H_l_invite.jpg

INTERVIEW / PODCAST - Le secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats, Ludovic Friat, a critiqué le fonctionnement et l'utilité des Etats Généraux de la justice pour le moment, ainsi que les problèmes entre police et justice dans « 20h l’invité », mardi 8 juin.

À travers une interview téléphonique pour Fréquence ESJ, Ludovic Friat a vivement critiqué les États Généraux de la justice et la façon dont Emmanuel Macron les « utilise ». Annoncés samedi 5 juin par le président de la République, les États Généraux que le chef d'État a mis en place ne conviennent pas à Ludovic Friat. Ce que note le sécrétaire général de l'Union syndicale des magistrats (USM), « c’est que le président de la République a décidé de faire des États Généraux de la justice après avoir eu des entretiens avec les deux présidents du Conseil de la magistrature ». Selon lui, si l’USM y est conviée, elle viendra avec l’espoir de renouer la confiance entre les citoyens et l’institution française. « On est arrivé à un niveau de violence rarement atteint », pour Ludovic Friat, les attaques sont visuelles envers les policiers et les magistrats. « C’est très inquiétant puisque l’autorité policière est un des trois pouvoirs ».

« Nous demandons des États Généraux depuis bien longtemps, en vain »

Ludovic Friat a ensuite évoqué les rapports qu’occupent l’USM avec les États Généraux. « Nous demandons des États Généraux depuis bien longtemps, en vain ». L’annonce d’Emmanuel Macron sur ces nouvelles mesures est, d’après le secrétaire général, doublée de signes qui ne sont pas rassurants. « Un rapport annuel demandé au garde des Sceaux sur la politique pénale existe d’ors et déjà ». « Si les réformes annoncées sont de ce niveau là, je suis un peu inquiet ». Ludovic Friat trouve également regrettable que ces États Généraux « semblent » se concentrer sur la justice pénale. Concernant un peu plus de la moitié des décisions de justice en France, la justice civile est, pour lui, toute aussi importante.

« Les chiffres sont encore pires s’agissant des procureurs »

Le secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats a également expliqué, à Fréquence ESJ, le manque de moyens au développement de la magistrature en France. On compte en moyenne 11 juges pour 100 000 habitants contre 24 juges pour le même nombre d’habitants en Allemagne. « Les chiffres sont encore pires s’agissant des procureurs ». Il y a entre trois et quatre fois moins de parquetiers en France par rapport à la moyenne européenne. « Ce n’est pas la peine de faire des États Généraux de la justice pour dénoncer l’asphyxie de notre justice ». Ludovic Friat souhaiterait qu’une pause soit faite dans les réformes judiciaires, « elles rendent les lois de plus en plus complexes ». Mais pour lui, « ces États Généraux restent un véritable enjeu de la prochaine présidentielle ».

Ecoutez l'interview en podcast




Photo : LDD

Derniers articles