Mort du prince Philip : une vie au service de la couronne

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PORTRAIT - L’époux de la reine Elisabeth II est mort à l’âge de 99 ans a annoncé, vendredi 9 avril, le Palais de Buckingham. Le prince Philip aura accompagné la souveraine dans son règne pendant plus de 70 ans. Une aide précieuse pour la couronne, parfois difficile à supporter.

"C’est mon roc. Il a tout simplement été ma force et mon soutien". En 2011, Elisabeth II rendait ainsi hommage à son mari. C’est donc avec "un profond chagrin que sa majesté la reine" a annoncé la mort du Prince Philip, ce vendredi 9 avril. Si leur histoire n’a pas toujours ressemblé à un conte de fée, le duc d’Edimbourg a toujours soutenu et épaulé la reine dans sa mission royale.

Une histoire d’amour loin d’être unanime

La jeune princesse a 13 ans lorsque son regard croise pour la première fois celui de Philip, en 1939. Pour Elisabeth, c’est le coup de foudre. A 18 ans, Philip est un jeune officier de la Royal Navy qui porte les titres de prince de Grèce et du Danemark. Les deux jeunes gens, tous deux arrière-arrière-petits-enfants de la reine Victoria, vont entretenir une correspondance assidue pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils finissent par se marier le 20 novembre 1947. Un mariage guidé par l’amour, peu commun pour leur rang, mais à quel prix ?

Leur union est loin d’être idéale. Le prince Philip est un exilé ayant dû fuir la Grèce à cause d’une révolution anti-monarchie. Ses parents sont divorcés et sa mère schizophrène. Il est un prince étranger, orthodoxe et avec une fortune modeste. Bref, il n’a pas grand-chose pour plaire à la couronne si ce n’est son charme naturel. Et pour ne rien arranger, dans une Angleterre d’après-guerre, plusieurs de ses sœurs ont épousé des dignitaires nazis. Mais le couple ne compte pas renoncer à son bonheur et Philip accepte de faire de nombreux sacrifices pour la couronne. Il abandonne sa nationalité et ses titres royaux de prince de Grèce et de Danemark. Il devient anglais et est aussi forcé d’embrasser la religion d’Etat, l’anglicanisme. Un effort qui semble presque minime par rapport à ce qui l’attend, cinq ans plus tard, quand Elisabeth monte sur le trône.

Deux pas en arrière

Le 6 février 1952, le roi George VI meurt, faisant automatiquement d’Elisabeth la nouvelle souveraine du Royaume-Uni et du Commonwealth. Ce jour-là, la vie du prince Philip bascule. Il sera, à partir de cet instant et pour toute sa vie, obligé de marcher deux pas derrière sa femme. Si ses nouvelles attributions ne lui font pas peur, le prince Philip en souffre. Le protocole royal est strict et lui fait perdre le peu de liberté qui lui restait. Sa carrière militaire dans la Royal Navy lui est retirée et, pis encore, ses enfants ne porteront pas son nom. Celui de Mountbatten. Forcés par le protocole et sous les conseils de Winston Churchill alors Premier ministre, ils prendront le nom de Windsor. "Je ne suis donc qu'une foutue amibe, ici !" aurait hurlé Philip en réponse. Pourtant, c’est bien lui qui restera au côté de la reine pour l’aider dans sa mission pendant 73 ans. Plus longtemps que n’importe quel autre conjoint de monarque britannique.

22 191 évènements publics en solo

Si la couronne a réussi à se moderniser et à garder son éclat, elle le doit en partie au prince Philip. C’est lui qui, à partir de 1952, préside le comité de couronnement de son épouse. Il insuffle et soutient l’idée totalement incongrue pour l’époque d’une cérémonie filmée. Un pari réussi. Le couronnement de la reine Elisabeth II devient le premier de l’histoire à être diffusé en entier à la télévision. Vingt caméras dispersées dans l'abbaye de Westminster font vivre l’évènement à cent millions de téléspectateurs. La monarchie se met à la hauteur du peuple. Une démarche qui lui permet très sûrement de gagner en popularité.

Dans ce même vent de modernisme et de nouveauté, le prince Philip refuse que l’éducation de ses quatre enfants soit confiée à des précepteurs. Lui, préfère les envoyer à l’école. Il pousse également la reine à se détacher de son image trop conservatrice et timide, trop figé, en lui faisant pratiquer des bains de foule. Moins sévère, plus humaine et plus proche du peuple, avec le prince Philip, la monarchie prend une autre image.

Avec le temps, le duc d'Edimbourg finit par s’adapter aux innombrables évènements, diners et inaugurations même si plus de responsabilités ne lui aurait pas déplu. Au total, le prince était investi dans plus de 780 associations. Au cours de sa carrière de prince consort – titre qu’il a refusé de porter – il aura participé à 22 191 événements publics seul, effectué 637 visites à l’étranger et prononcé 5 493 discours, selon les calculs de Peter Hunt, le correspondant royal de la BBC. Une des blagues préférées du Prince Philip ? Se présenter comme "le dévoileur de plaques le plus expérimenté au monde".

"Il m’a toujours donné son avis de manière directe"

"Il a été ma force durant toutes ces années et le demeure" déclarait la reine en 1997, à l'occasion de leur 50e anniversaire de mariage. Une union qui n’a pas été de tout repos. Connu pour son fort caractère, son humour décalé et ses remarques déplacées, le prince Philip a aussi fait quelques sorties racistes. "Ne restez pas trop longtemps, sinon vous allez avoir des yeux bridés." avait-il glissé à un étudiant britannique en Chine. "Il y a beaucoup de gens de votre famille ce soir" avait-il lancé à un patron indien, lors d’une cérémonie célébrant la diversité au Royaume-Uni. La presse lui prêtera également des aventures extraconjugales qui ne seront jamais confirmées. En 1997, il répondra toutefois à un journaliste : "La tolérance est un ingrédient essentiel [dans le mariage, ndlr.]. Je peux vous dire que la reine en a en abondance."

Malgré tout, le Prince Philip est resté le plus fidèle conseiller de la reine Elisabeth II. Laissant entrevoir son précieux rôle, la reine avait prononcé ces mots pour son mari en 1997 : "Trop souvent, je le crains, le prince Philip a dû m'écouter parler. Nous avons souvent discuté ensemble de mes discours, et comme vous vous en doutez, il m'a toujours donné son avis de manière directe". Un engagement souligné par le Premier ministre britannique Boris Johnson qui a rendu hommage au Prince Philipp en reprenant ce même discours. "Lors de ses noces d'or, la reine Elizabeth a dit que la nation avait une dette à son égard et je suis sûr que c'est vrai". La reine a ainsi dit adieu à son plus "grand soutien".

 

Photo : Steve Punter

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