Thibaut Pinot, le roi de cœur qu’on ne veut plus voir sur le carreau

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CYCLISME - Le coureur de Groupama – FDJ sera une nouvelle fois forfait au départ du Tour de France, afin de se concentrer sur le Giro en mai. Thibaut Pinot bénéficie pourtant d’une cote de popularité que ses mésaventures viennent renforcer. Nous avons tenté de comprendre cet engouement.

Dans la deuxième saison de la « Casa de Papel », El profesor demande à ses apprentis cambrioleurs quelle sélection ils voudraient voir triompher si Brésil et Cameroun s’affrontaient durant la Coupe de Monde de football. Les « Lions indomptables » l’emportent à l’unanimité. Pourquoi ? « Instinctivement, les humains choisissent toujours le plus faible, les perdants » explique le protagoniste. Aurait-on trouvé, au hasard d’une session de binge-watching, une clé pour comprendre la popularité de Thibaut Pinot, coureur franc-comtois de la Groupama-FDJ ? Il faut d’abord définir les notions de « faible » et de « perdant ». Vainqueur du Tour de Lombardie 2018, le cycliste haut-saônois sait s’imposer. Troisième du Tour 2014, n’a-t-il pas remporté, chez lui à Vesoul, le Championnat de France du contre-la-montre 2016 ? « Solo la vittoria è bella » affiche son site. Pourtant, quatre abandons en huit participations sur la Grande Boucle plus tard, il est évident que le trentenaire n’a jamais confirmé les espoirs suscités par un début de carrière prometteur.

Toujours debout mais souvent blessé

D’une angine qui l’a poussé à l’abandon durant son second Tour de France en 2013 à ses problèmes récurrents au dos, dresser une liste exhaustive des déboires de Thibaut Pinot serait long et fastidieux. Rappelons qu’une déchirure musculaire de la vasque interne, blessure à la cuisse répandue chez les footballeurs, l’a contraint à jeter l’éponge à deux journées de la fin du Tour de France 2019, alors qu’il pouvait encore viser le podium. Ses larmes ont marqué le public. L’an dernier, après avoir craint l’annulation du Tour, Covid-19 oblige, il arrive, selon Julien, son frère et coach au sein de la FDJ, armé d’un « nouvel instinct de leader ». La première étape n’est pas finie qu’il est entrainé, avec tant d’autres, dans une chute massive. « Énervé, agacé » mais pas découragé, il remonte en selle et termine la compétition à une 29e place « valant presque une victoire » selon lui, tant son satané dos lui fait souffrir le martyre.

Loin des remarques qui ont le don d’exaspérer le manager de Groupama-FDJ Marc Sadiot, Thibaut Pinot peut faire preuve d’abnégation. Il décrit dans Le Parisien les conséquences d’une pneumopathie développée durant le Giro 2018 : « Dans l’ambulance, je me suis moi-même fait peur. Ai-je mis ma vie en danger ? Oui, bien sûr. Le sport de haut niveau est déjà très dur. Mais quand vous avez plus de 40 de fièvre, c’est presque inhumain de faire du vélo. C’est une souffrance ridicule. Mais c’est aussi mon caractère, je suis têtu et je pense que c’est un moment de ma vie qui me représente assez bien ».

Une malchance qui lui façonne tout de même une destinée de « Camerounais » à la sauce Casa de Papel et son style « racé » et spectaculaire de grimpeur, ne suffisent pas à expliquer une popularité jamais démentie.

Le maillot jaune des valeurs ?

Pour conquérir le cœur du public hexagonal comme notre Pinot de la Haute-Saône, il faut aussi véhiculer une image extrasportive. La référence reste le regretté Raymond Poulidor, se contentant de la seconde place car cela lui semblait épanouissant comparé à une dure vie de labeur dans la ferme familiale.

Sur ce terrain, Thibaut Pinot glane les victoires. « D’un point de vue éthique, j’ai toujours été contre les infiltrations », explique-t-il à l’Équipe. L’utilisation de cette pratique maquille parfois des procédés peu avouables. Quelques semaines après que le docteur Freeman a été reconnu coupable à l’issue d’un procès de dopage, se remémorer les propos du grimpeur peut rassurer.

Le sportif modèle doit l’être au quotidien. Issu de la ruralité, Thibaut cultive un amour inconditionnel pour les animaux. Il a détaillé cette passion sur le site 30 Millions d’amis : « Dès que je traverse un moment difficile, je me réfugie auprès d’eux. J’ai une relation très proche avec mes bêtes ». Possesseur de quatre ânes, deux vaches, dix chèvres, dix moutons, deux chats - excusez du peu - l’abolition de la corrida lui tient à cœur : « C’est une chose que je trouve horrible. Se donner en spectacle pour donner la mort à un animal, c’est ce qu’il y a de pire. Et dire qu’il y a des gens qui paient pour voir cela ! C’est inexplicable et, dès qu’il y a une pétition à relayer, je le fais. Même sur le Tour de France. » Et s’il était le Hugo Clément de sa discipline ?

Facile également de s’identifier à ses goûts footballistiques. Biberonné aux exploits du dribbleur nigérian Jay-Jay Okocha, Thibaut Pinot supporte le PSG depuis toujours. Quand il assiste à PSG-Réal Madrid, ce n’est pas en loge mais dans le virage Auteuil, quitte à provoquer la surprise du Parisien PSG. Il considère que « le plus beau spectacle se passe en tribune. C’est la certitude de ne pas voir tous les buts mais d’être dans l’ambiance ». Humour et simplicité chevillés au corps.

L’emblématique cas Pinot trouve un écho hors du cyclisme. Grâce au sport, le Gaulois – paraît-il réfractaire - peut râler à loisir des déconvenues de ses champions. « Le terrain était trop lourd. Et les sangliers ont mangé des cochonneries ! » vocifère le public imaginé par Goscinny et Uderzo, tandis qu’Astérix et Obélix s’essayent au rugby avant l’heure. L’équipe de France de football a vaincu en 1998 un signe indien, cristallisé par une tragique nuit sévillane de 1982. L’image du sportif hexagonal, flamboyant mais jamais récompensé, a depuis pris du plomb dans l’aile. Par chance, il reste des poches de résistance. Le tennis par exemple. Ou le cyclisme. Et Thibaut Pinot. « Heureusement, il y a des incertitudes dans le sport » confiait-il, toujours au Parisien. D’ailleurs, comment s’assurer que ses qualités de cœur ne réservent pas une belle surprise ?

 

Photo : CC0

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