Jonathan Gabriel, champion de Muay Thaï : « Il faut vraiment aimer ce sport pour mieux le vivre »

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INTERVIEW - Le Muay Thaï, ou boxe thaïlandaise, est un art martial ancestral qui prône des valeurs de la vie et du Bouddhisme Theravada. À 37 ans, le coach mauricien Jonathan Gabriel a trouvé sa voie. Posture sereine, le champion national de Maurice délaisse ses gants de boxe pour se confier à Fréquence ESJ sur sa discipline qui le mène vers la zénitude.

Fréquence ESJ : Pourquoi pratiquez-vous ce sport ?

Jonathan Gabriel : Le Muay Thaï, c’est avant tout un art. Il me convient tout à fait. Je le pratique depuis plus de dix ans. Je vis Muay Thaï, je dors Muay Thaï. Loin de dire que, dans les autres sports, il n’y a pas de discipline, mais celui-là requiert une grande force mentale et énormément de disciplines. En sus des techniques de frappe et des autres mouvements, il apporte une certaine zénitude.

Diriez-vous que c’est un excellent exutoire ?

Dans un certain sens, je dirai oui. Cet art-martial m’apaise. C’est toute ma vie. Sans cet art, je ne suis rien. C’est the art of 8 limbs ! C’est l’unique sport où l’on utilise huit points de contact : les coups de poing, les coudes, les genoux et les coups de pied. Pour ma part, j’ai la chance de vivre de ma passion. Je suis Kru (coach) et je tiens mon dojo à l’île Maurice depuis cinq ans.

Est-ce grâce au Muay Thaï que vous avez développé cette assurance et cette confiance en vous ?

Cet art-martial m’a guéri de beaucoup de choses. Plus jeune, je n’avais pas une vie stable. Je n’avais pas un bon équilibre de vie. Il m’a sorti de certains vices. Il m’a redonné confiance en moi pour suivre le bon chemin. Aujourd’hui, je peux dire que je suis un homme comblé. Je suis marié, j’ai mon épouse et mes deux filles qui pratiquent aussi ce sport. Que demander de plus ?!

Qu’est-ce qui fait qu’on se sent zen en le pratiquant ?

De prime abord, il faut vraiment aimer ce sport pour mieux le vivre. Si un nak muay (un pratiquant de Muay Thaï) le pratique avec amour, il aura en retour une plénitude. Et pour l’acquérir, il faut pratiquer. Il faut se donner corps et âme. Cela s’applique dans tous les sports. Il n’y a pas de magie. C’est au pratiquant de le chercher, de repousser ses limites.

Fréquence ESJ : Comment expliqueriez-vous le développement de la boxe thaïlandaise au fil des années ?

Jonathan Gabriel : Pour commencer, à Maurice, c’est grâce à la fédération mauricienne de Muay Thaï que ce sport a pris de l’ampleur. Sans le soutien du Président Sham Seetaram et de Kru Berty D’eau (Coach national de Muay Thaï), rien n’aurait été possible. D’ailleurs, ce dernier m’a coaché à mes débuts. Ailleurs, elle a évolué petit à petit en Europe et ainsi de suite… En Thaïlande cette discipline est comme une religion. Elle fait partie de la culture thaïlandaise. À peu près tout le monde la pratique.

Les boxeurs se prosternent pour une prière, effectuent une danse spirituelle, touchent le ring avec leur front et se saluent. Quel est le symbolisme de ces rituels ?

Le wai krhu (la danse traditionnelle) est depuis longtemps un rite important dans ce sport. Il est synonyme de respect. En s’adonnant à cette danse, le nak muay montre son respect à son club, à son coach et à son adversaire mais aussi au ring où se déroulera le combat. C’est aussi un échauffement. C’est là où le combattant se prépare mentalement pour le combat. Ce moment concentre beaucoup d’énergie positive et de concentration. Le boxeur est comme pour ainsi dire « épris de transes ». Ce rituel est aussi un hommage à la terre, au ciel et aux Dieux d’art-martiaux. Raison pour laquelle, les adversaires se saluent au début et à la fin du match.

Le Muay Thaï original se caractérise par des coups violents qui peuvent être fatals. Est-il toujours aussi dangereux ?

C’est toujours le cas. Toutefois, il existe des précautions comme les casques de muay thaï, gants, chevillières, protège-dents, plastrons, bandes et sous-gants, coudières et coquilles pour se protéger… À savoir que lors d’un combat, il y a une musique en toile de fond. C’est un signe aux combattants pour mieux démarrer leur combat. Elle commence lentement pendant le premier round. Au deuxième round, elle est moins lente. Ce n’est que lors du dernier round que les adversaires sont à fond.

En tant que boxeur et coach, j’ai reçu plusieurs coups. Lors d’une compétition, il faut accepter. Tout vient du mental. Je suis devenu plus vigilant.

Que conseillez-vous aux jeunes qui veulent s’adonner à ce sport aujourd’hui?

Je suis avant tout sportif. Je ne dirai jamais qu’il faut pratiquer uniquement la boxe thaïlandaise. Tous les sports apportent des bienfaits. Cependant, c’est toujours un plaisir d’apprendre aux jeunes cette boxe. De leur faire découvrir une autre culture…

 

Photo : Rachelle Veerasamy / Fréquence ESJ

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