• Slide FESJ 2015

Paul Charruau : « Le vestiaire, la compétition, le stress, tout cela me manque »

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FOOTBALL - Après avoir rompu son contrat avec le Sporting Club de Bastia en juin dernier, Paul Charruau, champion du monde U20 avec l’équipe de France en 2013, est aujourd’hui un joueur libre. Le jeune gardien de but s’est confié sur sa situation, quelques jours avant le début du mercato d’hiver.

 

Loin des projecteurs du football professionnel, se trouvent parfois des oubliés, des laissés pour compte. Paul Charruau est un de ceux à qui on avait promis une brillante carrière et un avenir certain. Passé par les différentes équipes de France en jeunes, il se destinait à un poste de numéro 1 à Valenciennes. Après avoir porté les couleurs de l’US Ville d’Avray, de l’ACBB (Boulogne-Billancourt) et de l’INF Clairefontaine, le jeune homme était prédestiné à la relève des Hugo Lloris ou autres Steve Mandanda. Mais l’avenir en a décidé autrement. Après avoir grimpé tous les échelons dans son club formateur, Paul Charruau (aujourd’hui âgé de 24 ans) découvrait le monde professionnel contre Auxerre, en Ligue 2, à Valenciennes. En passe d'obtenir le poste de gardien numéro 1 au VA, il débarque finalement à Bastia en 2016, après un adieu déchirant à son club de cœur. Le jeune gardien est appelé dans l’élite pour jouer en tant que doublure de Jean-Louis Leca.

Difficile apprentissage de la Ligue 1

Là, le rôle de doublure n’est pas acquis. Un autre jeune prometteur pousse pour obtenir le poste convoité, Thomas Vincensini. « J’arrive à Bastia où, là encore on m’avait promis certaines choses. Finalement la situation est toute autre. Un "enfant du club", jeune et plein de promesses est lui aussi la doublure de Leca. » Malgré une entrée intéressante contre Lyon, il est écarté (voir en encadré les raisons de cette décision) pour la réception de Montpellier. Il ne jouera plus jamais à Bastia. Une situation difficile, dans un environnement hostile. La relation est compliquée avec François Ciccolini. Des menaces de mort lui auraient même été adressées. « Un jour à l’entraînement, Ciccolini vient me voir : « Ici tu n’es pas en France. Ça ne se passe pas comme tu le veux. Arrête de manquer de respect à Hervé (Sekli, l’entraîneur des gardiens, ndlr), parce que quand tu vas prendre un coup de fusil au feu rouge, ça va te faire bizarre ! » Le ton est monté, Hervé a voulu en venir aux mains » raconte-t-il. Le 31 janvier 2017, il contacte son agent. Lors de l'ultime jour du mercato, Paul Charruau décide de quitter l'Île de beauté : « Il me restait quelques heures pour partir. J’ai pris toutes mes affaires, le premier bateau, et je suis parti. »

C’est au Paris FC qu’il rebondit, en tant que troisième gardien du club pensionnaire de Ligue 2. Dès lors, Paul Charruau disparaît des radars, le rideau tombe. « Six mois plus tard, j’ai résilié mon contrat avec Bastia, à un an de son expiration. » C’était avant que le SCB ne soit relégué administrativement en National 3 (ex CFA 2). Mais il y a chez le jeune homme quelque chose de spécial. On ne ressent chez lui ni rancœur ni déception. « Je ne crois pas que mon aventure à Bastia ait été un échec. Toute expérience est bonne à prendre. J’y ai découvert la Ligue 1, et j’en suis fier. Cela ne s’est pas passé comme prévu, et j’aurai aimé en faire plus. Il y a des erreurs que j’ai pu faire... On grandit par rapport à ça, il y a des enseignements à tirer sur cette période » narre le Parisien. Avec recul et humilité, l’imposant gardien (1m86) se livre sans se cacher. Ses épaules sont larges, sa situation délicate, mais un sourire d’enfant illumine toujours son visage.

Le travail comme leitmotiv

Sans club depuis six mois, il raconte son quotidien. « Je suis revenu à l’ACBB, je m’entraîne pour garder la forme, je me suis inscrit dans une salle de sport où je suis mon programme quotidien. » Mais à côté de l’entraînement, le voilà qui « pointe chez Pôle Emploi », comme tout le monde. « Aujourd’hui je suis au chômage. En France, parler d’argent est tabou, mais les sportifs de haut niveau sont au même régime : nous cotisons le même pourcentage, nous payons nos impôts, la taxe d’habitation comme les autres. » Loin de strass et paillettes, Paul Charruau demeure humble et simple. La seule envie de prouver sa qualité l’anime. Une envie débordante, nourrie par l’amour qu’il porte au ballon rond. « Le vestiaire, les coéquipiers, les matches, la compétition, le stress, tout cela me manque. Au quotidien c’est compliqué. Très rapidement, on se rend compte que l’on n’est pas obligé de se lever un matin pour aller à la salle. Au début c’est dur. Voilà le pire : ne pas tomber dans le piège qu’est la flemme. »

Un personnage atypique et attachant

Déterminé, l’œil rivé sur ses objectifs, il y a en lui un vrai refus de l’échec. Son tempérament de gagneur l’a emmené jusqu’en première division. Malgré une période difficile, jamais il n’a songé à jeter l’éponge. « Le monde du football est faux-cul, mais c’est comme en entreprise et dans beaucoup de milieux professionnels. C’est très politique, souvent dans le politiquement correct. Il ne faut pas se voiler la face à se dire que ce n’est que dans le foot. » Sa maturité force l’admiration. Bien loin de l’image (très souvent fausse) du footballeur benêt, Paul Charruau est un personnage atypique, attachant. Son histoire singulière et poignante le rend sympathique. Incontestablement, il fait partie de ceux qui gagnent à être connus. Durant le mois de janvier, il cherchera un nouveau club pour obtenir ce qu’il a toujours souhaité : jouer au football. Et forcément rattraper le temps perdu.

 

 

Édit du 18 décembre 2017.  Hervé Sekli a quant à lui tenu à nous donner sa version des faits du passage de Paul Charruau à Bastia, surpris par les déclarations de son ancien poulain : « C'est vrai, il y a eu une altercation. Mais Paul nous a trahi. C'est moi qui l'ai fait venir à Bastia. On avait prévu un roulement avec lui et Thomas Vincensini. Face à Lyon, il fait un très bon match. Mais quand quelques jours plus tard, il arrive saoul comme un cochon et en retard lors d'une marche à Saint-Laurent (à 40 minutes de Bastia, ndlr), c'est impossible qu'il soit titulaire face à Montpellier. Puis il y a eu d'autres problèmes. Il a planté sa Mercedes à cinq heures du matin et il y a aussi cette histoire où il me dit être blessé au mollet, mais va s'entraîner dans une salle de sport. J'ai coaché Aréola, Landreau, Novaes, mais le seul avec qui cela s'est mal passé, c'est Paul Charruau. S'il en est là aujourd'hui, c'est de sa faute. Pas de la mienne, ni de celle de Ciccolini. » Des événements que nous ont confirmé plusieurs anciens du Sporting, à l'image de Jean-Louis Leca. « Je l'avais connu exemplaire à Valenciennes. Mais à Bastia... Il avait tout en main, et ce n'est pas vrai qu'on ne lui a pas donné sa chance. Un matin de match face à Guingamp, il m'appelle à cinq heures. Il avait planté sa Mercedes. Et il sortait beaucoup. J'ai été très déçu. » raconte l'actuel gardien de l'AC Ajaccio. François Ciccolini, à la tête de l'effectif corse à l'époque, relate lui aussi les erreurs d'un gardien prometteur : « Il a des qualités mais je ne sais pas ce qu'il a dans la tête. Même à la fin, à Valenciennes, il y a eu des problèmes. Il oublie que le football, ce n'est pas que le talent. » AB.

 Edit du 26 janvier 2018. « Je suis vraiment blessé et déçu des propos ainsi tenus par Messieurs Sekli, Leca et Ciccolini. Je nie bien évidemment ces accusations qui ne sont pas exactes, et je regrette la tournure prise par cet article. Je ne souhaitais absolument pas lancer une quelconque polémique mais seulement faire part de mon expérience et raconter mon parcours et ce, conformément à la demande d'étudiants de l'ESJ m'ayant sollicité pour la rédaction de cet article. Je suis aujourd’hui dans une situation complexe qui est celle de retrouver un club. C’est la seule chose qui compte et qui occupe mon esprit. Je fais tout ce qui est de mon ressort pour atteindre mon objectif. Je m’entraine quotidiennement, je fais attention à mon alimentation, je fais preuve d’abnégation et de détermination, parce que j’ai toujours fonctionné de cette manière. Ce sont des valeurs qui m’ont été inculquées depuis mon plus jeune âge, et j’arriverai à surmonter cette période délicate grâce à celles-ci. » Paul Charruau.

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