Free a tout compris
L’opérateur en télécommunications FREE a entamé une révolution dans le secteur de la téléphonie française. L’arrivée de la filiale d’Iliad, dont la stratégie est définie par le sulfureux Xavier Niel, sur le marché des mobiles est le résultat d’une ingénieuse campagne de communication.
Free va faire du bruit. Xavier Niel, le patron du groupe, a organisé ce mardi 10 janvier une conférence de presse digne des plus grandes apparitions publiques de Steve Jobs. Le natif de Créteil présente les produits de la marque, micro et écrans géants à l’appui. Les applaudissements sont fréquents et l’enthousiasme est palpable. L’excitation autour de ce moment historique était attendue : Free, expert en communication, a fait monter la pression ces derniers mois. Et a profité de certaines déclarations maladroites de ses futurs concurrents.
Le 2 janvier dernier, le Figaro rencontre le PDG d’Orange Stéphane Richard pour évoquer les ripostes
prévues pour contrer l’entrée sur le marché de Free. Au détour d’une phrase, il lâche « Mais tout ne se résume pas à un prix ! La mamie du Cantal n’a pas besoin de la même offre que le geek de Paris ». Quelques heures après la publication de cette interview, un fil twitter (@mamieducantal) et une page Facebook sont créés. La mamie est bavarde et poste des vidéos de décollage de fusée. Le lancement de l’offre est donc imminent. Plus de 3000 followers suivent l’Auvergnate sur Twitter, et la page Facebook compte près de 4000 fans. Si Xavier Niel refuse pour l’instant de commenter l’affaire, nul doute qu’il a su exploiter cette maladresse pour s’offrir un joli coup de communication à moindre frais. « L’homme le plus influent de 2010 » selon GQ a profité de cette médiatisation pour exposer ses ambitions en grande pompe.
Un forfait social à deux euros par mois
Sur son compte Twitter, Xavier Niel utilisait lundi une référence au débarquement de 1944. L’homme d’affaires, discret sur le réseau social, reprenait quasiment Verlaine au mot : « Les sanglots long de l’automne bercent mon cœur d’une langueur monotone ». La formule, utilisant en fait « blessent » plutôt que « bercent » était le signal choisi par la BBC pour annoncer l’opération militaire. Les offres de Free débarquent donc sur le marché, et avec fracas.
Le deuxième fournisseur d’accès à Internet en France ne veut pas jouer les seconds rôles sur le marché mobile. Xavier Niel a donc sorti les grands moyens, en multipliant les déclarations choc. « Nous cherchons à établir un prix juste, avec un profit équitable. Je ne veux pas vendre 10 centimes d’euros un produit dont la production revient à 1 centimes ». Un prix juste, pour Xavier Niel, c’est donc un forfait en illimité à 19,90 euros. Le produit star de cette campagne de lancement propose des appels illimités vers les mobiles de 40 pays, les SMS et MMS illimités et un accès à Internet 3G à volonté. Une offre imbattable à la vue de ce qui existe sur le marché.
L’autre offre que Free souhaite mettre en lumière concerne un forfait social. « Nous souhaitons que la téléphonie mobile soit accessible à tous. Cette formule est le résultat de cette volonté ». 60 minutes et 60 SMS coûteront donc moins cher qu’un paquet de cigarettes. Ceux qui sont déjà abonnés à la Freebox bénéficient même de tarifs préférentiels. En coulisses, on murmure que le groupe est prêt à vendre des produits à perte, dans l’espoir d’attirer de nouveaux abonnés Internet.
Quelques bémols cependant : le téléphone n’est pas compris dans les forfaits très attractifs de Free. Mais l’opérateur propose des prix « jusqu’à 50% moins cher » que ses concurrents. Enfin, les offres présentées aujourd’hui ne seront disponibles que pour les 3 premiers millions de clients de Free. Quoiqu’il en soit, l’opération de communication est réussie : depuis hier matin, la centrale de réservations de Free est saturée par les appels de futurs clients.

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