Contre les viols, des femmes manifestent devant le ministère de la Justice
JUSTICE - « Ni à vendre, ni à prendre, le corps des femmes n'est pas une marchandise ». Hier lundi, 18h30, rue des Capucines à deux pas de la Place Vendôme : c'est en choeur que le collectif féminin réclame droit et justice pour les femmes victimes d'agressions sexuelles. « Ras le viol » disent certaines. Cette manifestation fait suite au jugement rendu jeudi 11 octobre dans le cadre du procès des viols collectifs commis dans la cité des Larris à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) entre 1999 et 2001.Nina et Stéphanie avaient alors été violées à plusieurs reprises et avaient attendu 2005 pour porter plainte.
Cette manifestation illustre la colère des femmes et la difficulté pour les victimes de viol d'être reconnues comme victimes. Parmi la foule, une grande majorité de femmes dont certaines affichent des banderoles « encore féministes » ou encore « Le sexisme, 1er racisme dans l'Histoire ; Le viol, 1er outil politique, Le viol 1ère arme politique en tous temps, en hauts lieux ». Dans les interviews des manifestantes, on entend de la colère: «Les hommes des cités, lorsqu'ils font de la prison, sont vus comme des héros. Dans ces circonstances, comment peuvent-ils craindre l'autorité ? ».
Selon les militantes de diverses associations défendant les droit des femmes (Arevi ou contreleviol.org) la décision rendue par la justice encourage le machisme. Le viol serait devenu insignifiant. « Ceux qui doivent avoir honte ne sont pas les victimes mais les agresseurs. Pourtant, c'est l'inverse qui se produit » dit une manifestante ; « La seule chose que nous voulons, c'est que ces jeunes femmes soient reconnues victimes et que le viol soit vraiment reconnu comme un crime. Elles ont été rabaissées par les avocats et par leurs agresseurs, ont été traitées de menteuses » poursuit-elle.
« La peine qu'ils ont est inférieure à celle d'un vol de carnet de chèques, c'est inadmissible. Ou a été la Ministre du droit des femmes ? Elle a à peine été émue ».
On aperçoit Nina brandissant une pancarte « Taubira, ne nous lâche pas ». «Vous êtes bien courageuse mademoiselle. Il faut vous battre on vous soutient», lui lance un manifestant. "C'est normal d'être là, c'est pour moi et pour les autres", assure Nina à Fréquence ESJ. Pour les militantes féministes, la ministre de la Justice est une femme et doit comprendre. « Tant que les femmes ne changeront pas, les hommes ne changeront pas. Il est d'ailleurs dommage qu'il n'y ait pas plus d'hommes car c'est le rabaisser que de le voir comme un animal qui ne pense qu'avec son sexe » conclut une militante.
Le parquet a annoncé samedi dernier qu'il a fait appel de la décision de justice rendue en première instance. Des peines jugées en décalage avec les réquisitions. La justice rendra son verdict dans les prochains mois.
Reportage Karen Holcman. Photos Chloé Rustand

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