Les dessous des Slutwalkeuses

Écrit par Laura SORET & Alice CAZIN le .


SLUTWALKEUSES

REPORTAGE - Samedi s’est organisée à Paris et dans toute la France, une Slutwalk, « marche des salopes ». Fréquence ESJ y était. Luttant contre les violences sexuelles et la culpabilisation des victimes de viol, des femmes ont dénoncé les atteintes qu’elles subissent quotidiennement.  Elles n’ont pas froid aux yeux, légèrement vêtus pour certaines, emmitouflées pour d’autres, toutes partagent la même cause : « Le sexisme est une maladie sociale ».

Jeunes pour la plupart, souriantes, elles ont du peps. Rendez-vous donné via les réseaux sociaux dans un parc du 7e arrondissement. Certaines avaient inscrit des slogans sur leur corps, bras et poitrine. Mais si quelques seins nus provoquent, attirent l’œil, les flashs, elles ont  un message bien clair : « Non c’est non , oui c’est oui » ou « Sous les habits une femme ».

Ce mouvement est né en avril 2011 à Toronto, en réaction aux propos d’un policier qui  prêchait la bonne parole sur un campus universitaire. Selon lui,  les femmes étaient responsables des agressions puisqu’elles s’habillaient comme des « sluts » (salopes). Indignées de ce raccourci, elles ont choisi de manifester. Leur marche sera reprise à travers le monde, de Rio à Tel Aviv en passant par l’Inde .  

Entre 200 et 300 participantes dans le cortège parisien, elles brandissent leur pancarte  défendant le droit des femmes à s’habiller comme elles le veulent, « une mini-jupe n’est pas une invitation, « a dress is not a yess ». Mais la dénonciation de la culpabilisation des victimes de viols n’est pas le seul refrain de la lutte, ces femmes cherchent aussi à combattre le harcèlement de rue et surtout, tous les préjugés liés au sexisme.

Ces jeunes filles marchent derrière Gaëlle, l’organisatrice du mouvement national. Elle a réussi à fédérer, avec la collaboration de représentants régionaux,  dix villes de province. Quant à savoir pourquoi sont majoritairement présentes des jeunes filles, elle  l’explique par le choix de la communication, qui passe principalement pour la génération Y, par Facebook et Twitter.  Même si d’une manière générale, le fossé est grand entre le nombre d’inscrits sur internet et les participants aux marches.

«  C’était ma slutwalk à moi », déclare Rose (pseudonyme), 22 ans professeur de Fitness, révoltée contre le harcèlement sexuel qu’elle ne supporte plus. Victime « ordinaire » du viol,  elle déplore la peur des femmes lorsqu’il faut porter plainte . Selon Audrey Guiller, auteure de l’enquête ‘Le Viol, un crime presque ordinaire’, « Seules 10 % des femmes portent plainte, et seuls 2 % des violeurs sont condamnés. »

Les garçons présents dans les rangs

Comment expliquer  la  mobilisation de tant d’étrangers au cortège parisien? C’est une cause universelle. Une mère d’origine brésilienne a ainsi fabriqué sa pancarte lors d’un atelier : « Je ne veux plus de cette société sexiste pour mes enfants ». Elle en a assez, à chaque affaire de viol, d’entendre les gens dire « quelle idée d’être  dehors à cette heure-ci »  plutôt que d’incriminer l’agresseur. Elle manifeste pour ses nièces, pour sa fille, pour faire changer les mentalités.  

Une des jeunes filles du collectif, distribuant des tracts, reconnaît qu’il est difficile pour les gens de ne pas être d’accord avec une telle cause. Mais elle sait bien que pour  la majorité, la réalité autour du viol est encore tronquée : « C’est seulement une pauvre petite victime qui passe par la mauvaise rue mais ils ne se rendent pas compte que ça peut être vous, ça peut être moi, ça peut être leur fille ou leur voisine. Le viol existe partout et il est encore trop souvent tu ».

Les garçons sont également présents dans les rangs. Certains sont mêmes engagés depuis longtemps. Sergio, mexicain, étudiant en Erasmus manifeste pour la deuxième année consécutive. « Dans mon pays, j’ai commencé très jeune à m’intéresser à la lutte contre les violences sexuelles. Ce combat est international, il est donc normal que je m’engage aussi en France ».  

Objectif pour l’année prochaine : faire aussi bien que Berlin ou Londres où le nombre de participants dépassent les 1000 personnes par capitale. A quand une visibilité plus grande dans les médias français …  

Laura Soret et Alice Cazin

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