Près de 2000 scouts vont commémorer un symbole du pétainisme
INFO FREQUENCE ESJ - Les Guides et Scouts d’Europe, deuxième mouvement de scoutisme en France, vont prochainement commémorer le Pèlerinage de 1942, un événement qui avait à l'époque été récupéré par Vichy.
Un thème discutable a été choisi par les Guides et Scouts d’Europe (GSE) à l’occasion de leur pèlerinage annuel à Vézelay qui doit se tenir du 1er au 4 novembre. Près de 2.000 jeunes commémoreront le 70e anniversaire du pèlerinage de 1942. Ce pèlerinage de 1942 est très discuté : « Le pèlerinage des Scouts de France, le 15 août 1942 au Puy-en-Velay, au cours duquel le maréchal Pétain s’est adressé dans un message enregistré a marqué l’apogée du soutien du scoutisme à Vichy », note Jean-Jacques Gauthé dans son livre « Les Scouts ».
Le maréchal Pétain s’exprimait ainsi dans son message enregistré : « Scouts de France, votre discipline vous impose chaque jour une bonne action. Celle d’aujourd’hui vous sera comptée plus que tout autre. Je suis venu, moi aussi, me recueillir dans cette cathédrale. Je suis donc près de vous par le cœur et par la foi en nos destinées. Par votre exemple, votre goût de « servir », la chaleur de votre amitié, donnez à tous vos frères le désir de se rassembler. Montrez-leur le chemin de l’avenir et celui de l’union de toutes les bonnes volontés en vue du bien commun ».
Ce pèlerinage est salué par d’autres formations de Scouts, notamment par la Fédération des Scouts et Guides Godefroy de Bouillon : « Autres temps, autres mœurs… et autres évêques et autre Chef d’Etat ! Le pèlerinage du Puy restera (en dépit du moment) comme l’une des dernières manifestations officielles de la France française et catholique. Quand les Français et les catholiques ne se détestaient pas », note l’organisation sur son site internet.
« Commémorer un acte sans parler de son auteur »
Le pèlerinage de 1942 avait été lancé à l’initiative du père Doncoeur. Un religieux controversé écarté des Jésuites après son soutien zélé au maréchal Pétain. «Un personnage important du scoutisme. On ne peut pas nier ça », assure à Fréquence ESJ, Loïc de Coatgoureden, organisateur du pèlerinage de Vézelay.
« Je connais assez mal ce père Doncoeur. Il a eu des actions positives et négatives. On prend le meilleur », assure à Fréquence ESJ la chargée de communication des Guides et Scouts d’Europe (30.000 membres en France). Avant d’ajouter quelques jours plus tard : « Je me suis renseigné, il ne sera pas abordé le cas du père Doncoeur lors du rassemblement. Nous ne célébrons que le pèlerinage. On peut commémorer un acte sans parler de son auteur ». La chargée de communication reconnaît « un contexte particulier en 1942 », ajoutant : « C’est vrai que le père Doncoeur est un personnage un peu controversé ».
Une prise de distance devant les journalistes mais pas sur la page Facebook de l’événement qui se réfère au religieux en question : « "Routes ! Saintes routes terrestres, écrit le Père Doncœur, voies sacrées qui portez dans vos poussières, mêlées à l’innombrable piétinement des Routiers, Viatores, l’empreinte divine et les taches de sang de Jésus-Christ ! (…) En ce temps où il est si urgent d’arracher aux langueurs et aux fièvres une race qui semble heureuse de s’avilir avant que de s’épuiser, n’est-ce point un signe de salut qu’une jeunesse s’élance sur les belles routes de France où saignent ses pieds ? »
La porte parole se défend de faire l’apologie des événements de l’époque. Pour la porte-parole, la commémoration s’appuie uniquement sur la convergence de 25 statues de la Vierge vers le Puy-en-Velay alors que la France est occupée, « un symbole de paix ». La page Facebook du pèlerinage loue « l'élan fondateur du pèlerinage de 1942 au Puy-en-Velay, qui rassemble 10.000 Routiers, alors même que la France est occupée et que la guerre fait rage ». Le descriptif raconte ce pèlerinage : « Dans les rues, la foule les regarde, incrédule. – Où allez-vous ? leur demande-t-on. Et les grands garçons, sac au dos, bâton à la main, chapelet au poignet, répondent : – Nous allons au Puy en pèlerinage pour le retour des prisonniers, la délivrance de la France ». L’organisateur du pèlerinage de Vézelay ajoute : « Il n’y a aucune intention négative dans notre démarche. C’est chercher des poux de croire le contraire ». Loïc de Coatgoureden précise : « Ce n’est pas dans notre esprit de célébrer Vichy. Il n'y a aucun lien entre l'esprit du pèlerinage de 1942, et le notre. Le seul point commun et la marche de jeunes qui convergent vers un point commun avec des vierges de pèlerinage portées en brancard ».
Interrogé par Fréquence ESJ, l’abbé Grosjean, prêtre du Diocèse de Versailles et responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique sociale trouve « absurde et absolument décalé » de penser qu’il s’agit là d’une forme de nostalgie au pétainisme. Le prêtre préfère rappeler que de nombreux scouts sont morts en résistance. «Il serait insultant pour les trop nombreux scouts morts pour la France, face aux Allemands, en 1940 ou dans les rangs de la résistance, d'imaginer un seul instant une quelconque accointance idéologique entre l'esprit scout et celui de Vichy». Le religieux fait un parallèle avec la fête des mères, instituée par le maréchal, qui ne fait pas polémique aujourd’hui.
Des scouts controversés
Il y a douze ans, le porte-parole d’alors, Yann Cotten, se réjouissait d’un rapport commandé par le ministère des Sports qui confirmait l’obtention de l’agrément de l’Etat à l’organisation. Il s’agissait d’une obtention « au conditionnel ». Le gouvernement demandait alors aux Guides et Scouts d’Europe d’effectuer quelques changements, comme renoncer à l'obligation d'être «citoyen français» pour les membres des GSE, et faire attention «au choix des aumôniers (…) de façon à éviter le recours à des prêtres appartenant à certaines congrégations intégristes ou réputées comme telles», rapportait Libération. « On a beaucoup changé. On est dans la norme du scoutisme moderne », assurait le porte parole.
Le quotidien notait en 2000 que l’image des GSE « a souvent pâti d’une proximité ambiguë avec certains collègues ouvertement extrémistes ». Dimanche, le responsable national du mouvement reconnaissait un passé difficile à l’occasion d’un rassemblement dans l’Oise : «C'est vrai que pendant des années l'image de l'extrême droite nous a collé à la peau, mais désormais tout cela est terminé. Ceux qui confondaient scoutisme et politique ont été écartés. Nous sommes des scouts catholiques comme les autres. Nous ne sommes pas des fachos ! », assure-t-il dans Le Courrier Picard.
Déjà l’année dernière, un Irakien converti au catholicisme, Joseph Fadelle, avait été invité alors que ses propos contre l'islam sont connus pour être très durs.

Commenter