Des caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo créent la polémique

Écrit par Tristan QUINAULT MAUPOIL le .


Charlie Hebdo_logoL'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo publie une série de dessins caricaturant le prophète Mahomet dans son édition de mercredi. Une décision lourde de sens au moment où la rue arabe se mobilise violemment après la diffusion d'un film anti-islam, Innocence of Muslims, sur YouTube. 

Ces dessins risquent de faire le tour du monde et d'enflammer un peu plus le monde musulman. "Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ?". C'est en ces termes que l'homme allongé sur le ventre demande à un cinéaste si la posture qu'il adopte lui convient. Mais l'homme en question n'est autre que le prophète Mahomet croqué avec un turban dans une caricature publiée mercredi dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo. Le dessin est accompagné de plusieurs autres croquis. Mahomet est également représenté sur les genoux, les fesses en l'air, laissant entrevoir ses parties génitales. Une étoile est dessinée sur ses fesses avec ce commentaire: "Mahomet, une étoile est née".

charliehebdo

Les caricatures, qui suscitent déjà l'émoi depuis mardi soir, font échos aux révoltes dans les capitales arabes qui s'offusquent de la diffusion d'un film anti-islam qui représente le prophète en homosexuel, asservissant les enfants et prônant la polygamie. 

Le directeur de la publication de Charlie Hebdo, Charb, a reconnu au micro de RTL que les nouvelles caricatures pouvaient faire "polémique", et d'ajouter: "Si on commence à se poser la question de savoir si on a le droit de dessiner ou pas Mahomet, si c'est dangereux ou pas de le faire, la question d'après ça va être 'est-ce qu'on peut représenter des musulmans dans le journal ?', puis la question d'après ça va être 'est-ce qu'on peut représenter des êtres humains dans le journal ?', et à la fin on ne représentera plus rien, et la poignée d'extrémistes qui s'agitent dans le monde et en France aura gagné", a précisé Charb.

Jean-Marc Ayrault s'est empressé mardi de condamner dans un communiqué la publication de ces caricatures: "Dans le contexte actuel", le Premier ministre a exprimé sa "désapprobation face à tout excès" et appelé à "l'esprit de responsabilité de chacun". "La liberté d'expression constitue l'un des principes fondamentaux de notre République. Cette liberté s'exerce dans le cadre de la loi et sous le contrôle des tribunaux, dès lors qu'ils sont saisis", rappelle aussi le Premier ministre. Jean-Marc Ayrault souligne également l'existence en France du "principe de laïcité qui est, avec les valeurs de tolérance et de respect des convictions religieuses, au coeur de (son) pacte républicain".

"Je suis contre toutes les provocations, surtout dans une période aussi sensible que celle-là", s'est empressé de commenter le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius lors d'une visite en Égypte.

Appels au calme des responsables musulmans 

"D'ores et déjà, j'invite au calme, à la paix, mais je suis très inquiet devant les débordements qui risquent de se produire samedi, lors des manifestations dans plusieurs villes de France, pour protester contre la diffusion du film Innocence of Muslims", a déclaré à l'AFP Dalil Boubaker, recteur de la Grande Mosquée de Paris. "Je regrette que l'incitation à la haine religieuse ne soit pas réprimée par la loi comme l'est l'incitation à la haine raciale, a-t-il ajouté. 

Dalil Boubakeur assure qu'un tel interdit "pouvait donner un coup de frein à l'exacerbation que risque de provoquer la publication de nouvelles caricatures, après la diffusion de la vidéo sur le Prophète qui est à l'origine de l'indignation générale du monde musulman".  

Dans un communiqué diffusé mardi, le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui condamne "avec la plus grande vigueur ce nouvel acte islamophobe" et "lance un appel pressant aux musulmans de France à ne pas céder à la provocation".

Tristan QUINAULT MAUPOILJournaliste

Rédacteur en chef de Fréquence ESJ

Commenter