La charge de Mélenchon contre Hollande
POLITIQUE - Dans un entretien accordé au JDD, Jean-Luc Mélenchon s'affiche comme très critique envers le bilan des 100 premiers jours du mandat de François Hollande. L'ancien candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle parle même de "temps presque perdu".
François Hollande "convoque une session parlementaire extraordinaire. Bravo, car il y a des urgences. Pourtant, ce fut une session du temps perdu". La charge est signée Jean-Luc Mélenchon. Le député européen, symbole charismatique de l'extrême gauche lors de l'élection présidentielle n'est pas tendre quand il s'agit de juger les premiers pas de François Hollande à l'Elysée. Dans un entretien au JDD publié dimanche, il charge sévèrement le président de la République. "Cent jours pour presque rien", lance-t-il. "Hollande a désamorcé le contenu insurrectionnel du vote de la présidentielle. Il l’a dilué dans les sables des plages du Var", ironise le député européen alors que François Hollande est rentré dimanche de ses vacances sur la Côte d'azur.
"Un normal à la place d’un agité et tout serait dit. Eh bien, non", affirme Jean-Luc Mélenchon, singlant. "On ne parviendra pas à nous faire confondre normal et social-libéral. Après dix ans, la gauche revient au pouvoir et tout ce qu’il y aurait d’urgent à faire, ce serait un collectif budgétaire et une loi sur le harcèlement sexuel?", s'interroge le leader du Front de gauche. "S’il y avait urgence sur le harcèlement sexuel, est-ce qu’il n’y a pas aussi urgence sur les licenciements, par exemple? Pourquoi ne pas avoir passé la loi sur les licenciements boursiers?".
Aurait-il fait mieux s'il avait été élu ? Jean-Luc Mélenchon pense que oui: "Quand je regarde le creux des cent jours et la multiplication des commissions, j’en conclus que nous étions mieux préparés que les socialistes à exercer le pouvoir" et de préciser: " Nous avions des propositions de loi dans nos cartons. En toute circonstance, nous sommes disponibles pour former un gouvernement sur notre programme".
En attendant, il décoche aussi ses ses flèches contre les membres du gouvernement, notamment contre Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif: "Le fait qu’il s’agite est utile. Cela empêche de banaliser la force tranquille du mal que représentent les énormes plans de licenciements en cours (...) les cent premiers jours sont cruciaux pour marquer une identité et un rapport de force. Il ne l’a pas fait. C’est une faute". Il n'est pas plus tendre avec le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, concernant les démantelements des camps de Roms, parlant même de "degré zéro de l’imagination". "La répression ou le statu quo : est-ce la seule alternative ? Ce n’est pas acceptable (...) Valls fait du Valls. Mais c’est Hollande le patron, non ?"
Dimanche, Arnaud Montebourg a tenu à répondre aux critiques de Jean-Luc Mélenchon: "Ce n'est pas en cent jours qu'on change le pays, c'est en au moins cinq ans puisque le mandat est de cinq ans", a-t-il rétorqué. "Nous avons besoin de rester soudés face à la difficulté et l'adversité du moment pour réussir à changer les choses. Ca concerne tout le monde, la gauche, comme la droite, comme tous les Français", a ajouté le ministre lors de la traditionnelle fête de la rose qu'il organisait à Frangy-en-Bresse.
Malgré son appel à faire élire François Hollande lors de l'entre deux tours de l'élection présidentielle, il se place aujourd'hui comme un allié exigeant, parfois même à la limite de l'opposition: "Nous sommes un recours possible. Notre tour viendra. D’ici là : action !", lance-t-il, évoquant les prochaines échéances électorales.

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