Des ONG critiquent la rencontre entre Hollande et le roi de Bahreïn

Écrit par Tristan QUINAULT MAUPOIL le .


hollandekhalifa-947b5POLÉMIQUE - Six ONG, françaises et internationales, ont écrit, jeudi, une lettre au président de la République pour dénoncer la visite en France du roi du Bahreïn, Hamad bin al Khalifa, le 23 juillet dernier. RSF et cinq autres organisations dénoncent l'absence de communication à la presse autour de cette visite secrète, révélée par une journaliste de l'AFP qui a assisté, par hasard, au départ de l'Élysée du souverain bahreïni.

Le roi du Bahreïn est régulièrement accusé de réprimer dans le sang les manifestations qui agitent son émirat. Amnesty International a récemment estimé que près de 60 personnes avaient été tuées par les forces de l'ordre, depuis le début de la contestation, en mars 2011. De nombreux opposants sont emprisonnés, parfois même de simples citoyens accusés de dénoncer le régime sur Twitter.

"Nous sommes préoccupés par le caractère quasi-secret de cette rencontre et nous nous demandons si cela traduit une intention de ne pas commenter la dégradation et la gravité de la situation actuelle des droits de l’Homme au Bahreïn", écrivent dans leur lettre les ONG Human Rights Watch, Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme, Amnesty International France, Reporters sans frontières, Ligue des droits de l’Homme et "Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture". Les organisations précisent: "Cette visite n’a pas été annoncée sur le site internet de l’Elysée et aucune déclaration officielle n’a été diffusée par votre cabinet à l’issue de cette réunion. Il semble par ailleurs que les médias n’aient pas davantage été informés de cette rencontre."

"Cette visite aurait pu être l’occasion d’exprimer publiquement, ainsi que directement au Roi Al Khalifa, les préoccupations de la France à propos de la situation des droits humains au Bahreïn", se désolent les ONG.

"Les organisations signataires vous sollicitent afin qu’une déclaration soit publiée précisant la position exprimée par la France lors de la rencontre avec le Roi Al Khalifa", écrivent les signataires de la lettre, avant d'ajouter: "Nos organisations vous appellent également à indiquer clairement que la France déplore l’échec du Bahreïn dans la mise en œuvre de recommandations les plus importantes de la Commission d’enquête indépendante du Bahreïn, à savoir la libération des personnes emprisonnées pour l’unique exercice de leurs droits à la liberté d’expression et de rassemblement pacifique, et la traduction en justice des hauts responsables impliqués dans des cas de torture et autres graves violations des droits humains".

François Hollande avait reçu le roi du Bahreïn sans prévenir la presse. Une journaliste de l’AFP, Nadège Puljak, témoin du départ du roi, avait tweeté la scène. Un peu plus tard, un diplomate bahreïni avait assuré que "le roi et le président de la République ont abordé la situation dans la région, notamment de la Syrie, et de ce que Paris et Manama peuvent faire afin d'empêcher que ce pays ne glisse dans la guerre civile".

"La publication de cette lettre intervient trois jours avant que la Haute cour d’appel de Manama examine l’appel introduit par le défenseur des droits de l’Homme, suite à la condamnation de Nabeel Rajab à trois mois de prison le 9 juillet dernier. De nombreuses organisations de défense des droits de l’Homme considèrent que Nabeel Rajab a été condamné uniquement pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression" notent RSF.  Nabeel Rajab, un opposant au régime bahreïni, a été condamné à 3 mois d’emprisonnement pour avoir publié un tweet en juin dernier dans lequel il critiquait le Premier ministre du pays, Cheik Khalifa, au pouvoir depuis 1971.

ALLER PLUS LOIN:

» La lettre des six ONG à François Hollande

 

 

Tristan QUINAULT MAUPOILJournaliste

Rédacteur en chef de Fréquence ESJ

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