Jean-Pierre Chevènement : "Nous avons une monnaie unique qui se casse la figure"

Écrit par Linda ROBERT le .


Chevènement Bourdin 2012

Analycrypte: Fort de sa candidature "pédagogique" à la Présidentielle, Jean-Pierre Chevènement président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen et sénateur de Belfort,  était l'invité le 28 décembre sur le plateau de Bourdin 2012. Il souhaite un euro déprécié, une Europe confédéraliste et un protectionnisme monétaire.

Il n'a pas encore réuni ses 500 signatures (seulement la moitié pour le moment), mais le plus important pour lui est de faire entendre sa voix et de peser "à gauche et sur la gauche", au cours du débat présidentiel.

L'Euro en question et le protectionnisme monétaire

JP Chevènement Bourdin 2012

Selon Jean-Pierre Chevènement, la monnaie unique devrait retomber en dessous de 1,16 dollar, comme en 1999 à son lancement. Une monnaie sous-évaluée permettrait l'investissement et la relance de l'industrie française. "La monnaie unique a creusé les écarts et accru les déséquilibres [...] l'Allemagne a 150 à 200 milliards d'euros d'excédent commercial et la France a un déficit de 75 milliards", constate t-il. Il promeut un équilibre des forces entre l'Allemagne et la France, décrie le recul de la participation des citoyens aux débats et aux décisons européennes. L'euro serait le principal handicap de la France. "Nous avons le paradoxe d'avoir une monnaie branlante, mais surévaluée". Le candidat du MRC désigne une monnaie qui affaiblit l'économie nationale. "900 usines ont disparu du pays, c'est ça le drame de notre pays : le rétrécissement de sa base industrielle", déplore-t-il. Le maître-mot est la croissance. Pour ce faire, il avance plusieurs solutions : mobiliser les ressources de la Banque centrale européenne (BCE), faire muter l'euro en une monnaie moins forte et baisser son niveau trop haut à son goût. Il tacle au passage l'autoritarisme de l'Allemagne qui souhaite à tout prix l'indépendance de la BCE et impose à la France cette position. Sur la question du nucléaire, il est implacable."Supprimer le tiers de notre potentiel nucléaire, un peu plus du quart de notre production d'électricité et fermer des entreprises qui marchent, c'est se tirer une balle dans le pied", s'indigne t-il, lorsque le journaliste aborde avec lui l'accord Parti Socialiste - Europe Ecologie Les Verts. A ce sujet, il critique la crédibilité du candidat du PS François Hollande qui selon lui n'a pas encore la carrure d'Homme d'Etat. "Il lui reste du chemin à faire", ironise t-il.

Le souverainisme à la sauce européenne a le vent en poupe

Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon et Jean-Pierre Chevènement analysent beaucoup des maux de la France comme étant une résultante de la création de l'Europe. Pour autant, le dernier propose une sortie de crise dans l'Euro et avec l'Europe. "Je suis pour une Europe réaliste, confédérale [...] Je ne suis pas pour un mécanisme de désaisissement de tous les pouvoirs," affirme-t-il. Délégation de compétences oui, mais pas abandon de la souveraineté. "La souveraineté c'est la condition de la démocratie [...] Les Français doivent redevenir maîtres chez eux," soutient-il. Il craint que la France ne poursuive sa route vers un destin tragique qu'a connu plusieurs unions monétaires par le passé. "Nous n'allons pas accepter d'être entraînés dans déclin historique de l'Europe, parce nous serions à la remorque des allemands. Or, l'Allemagne peut être un accélérateur du déclin sur le plan démographique et économique, en transformant le sud de l'Europe en 'mezziogiorno'. Avec une idéologie technophobe parée aux couleurs de l'écologie. Mais, tout cela ne correspond pas à nos intérêts," explique-t-il. Le candidat se dit ouvert au dialogue au niveau européen. Même si "les Français se sont fait fourvoyer", concède-t-il.

 

Il dit n'avoir aucune confiance dans le "projet fédéraliste" que le Parti socialiste a pour l'Europe. Il s'en prend aux socialistes qu'il considère comme "gangrénés par le libéralisme". Jean-Pierre Chevènement se réserve encore du temps, pour se déterminer sur un ralliement à gauche, le moment venu. Il tient avant tout à faire partager ses idées et à mettre à contribution ses analyses sur la crise. Il se défend contre la responsabilité de l'échec de Lionel Jospin le 21 avril 2002 qu'on lui impute toujours: "j'ai obtenu 5% sur ma ligne. Lionel Jospin avait un autre projet". Il n'écarte pas de se positionner aux côtés d'un autre candidat à moyen terme.

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