Michel Sapin à Fréquence ESJ: "la situation ne va pas s'améliorer en quelques jours"

Écrit par Tristan QUINAULT MAUPOIL le .


Michel Sapin photo Tristan MaupoilINTERVIEW - Première mobilisation de la CGT, plans sociaux qui se succèdent, augmentation du chômage: le ministre du Travail, Michel Sapin répond aux questions de Fréquence ESJ. Le ministre assure qu'il compte sur "le rapport de force dans l'entreprise pour faire bouger les lignes" et préserver des emplois. "Le gouvernement ne négocie pas à la place des salariés d’une entreprise, il les accompagne", précise Michel Sapin. Le ministre souligne qu'il est "compréhensible" qu'il y ait "des déceptions et des colères" mais dénonce "des plans sociaux retardés" par le précédent gouvernement. Une situation qui amène "des drames". "Je respecte cette colère", dit-il.

C’est la première fois que la CGT manifeste depuis l’élection de François Hollande, qu’est-ce que vous voulez dire à ces électeurs de gauche ?  

Michel Sapin: Je respecte énormément les initiatives des organisations syndicales. Et en particulier celles d’une grande organisation syndicale comme la CGT. Elle prend soin de manifester pour l’emploi, contre les suppressions d’emplois. On peut tout à fait les comprendre et elle le fait même, si j’écoute Bernard Thibault, pour appuyer le gouvernement, pour encourager le gouvernement. C’est vrai que la situation est difficile, je comprends que beaucoup veuillent dire leur mécontentement par rapport à une situation qui est objectivement difficile. C’est celle que nous avons trouvé en arrivant, qui ne va pas s’améliorer en l’espace de quelques jours. Il ne suffit pas de changer de président de la République pour que la situation économique et sociale soit elle même bouleversée. C’est un moment de mobilisation que la CGT a souhaité sans que les autres organisations syndicales participent. C’est un moment que je respecte.  

Michel Sapin photo Tristan Quinault MaupoilN’est-ce pas l’illustration de la chute dans les sondages de François Hollande ?  

Qu’il y ait des déceptions, qu’il y ait des colères, tout cela est bien compréhensible. Ce ne sont pas des colères contre le gouvernement, ce sont des colères contre une situation, contre des mensonges. Il y a des gens a qui on a dit pendant des mois et des mois lors de l’élection présidentielle qu’il n’y aurait pas de problèmes et puis il y a un nouveau président de la République et la direction annonce des plans sociaux. Tous ces plans sociaux  qui sortent parce qu’ils ont été retardés sur ordre politique, créent des drames. C’est parfaitement compréhensible. Je respecte cette colère. Nous, nous faisons face à cela. Nous avons une mission, c’est d’inscrire dans le temps le redressement de l’économie française. Je comprends les impatiences mais chacun doit aussi comprendre que ça ne change pas en un instant.  

Il y avait un optimisme le soir du 6 mai chez ces syndicalistes, faut-il leur dire maintenant de patienter davantage ?  

Je crois que personne ne pensait que le changement de président de la République allait du jour au lendemain permettre de résoudre les difficultés de la France. Personne ne le pensait. Il pouvait y avoir beaucoup d’espoir bien entendu, mais chacun connaissait la situation extrêmement difficile et très dégradée de la France. François Hollande a toujours dit pendant sa campagne électorale que dans un premier temps, le quinquennat serait celui du redressement, celui de l’effort. Et l’effort juste, justement réparti.  

Très concrètement, qu’est-ce que vous proposez pour limiter des licenciements que les syndicalistes trouvent « injustes », notamment dans les grands groupes qui créent des bénéfices ?  

Une partie de ce qui peut être gagné, c’est vrai pour une partie des plans sociaux en cours, c’est le rapport de force dans l’entreprise. La négociation dans l’entreprise. Le gouvernement ne négocie pas à la place des salariés d’une entreprise, il les accompagne, il les aide, il peut faire pression. C’est ça aussi le dialogue social : négociation dans l’entreprise pour faire bouger les lignes. C’est ce qui se passera chez Peugeot, c’est ce qui s’est passé chez Sanofi.

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Tristan QUINAULT MAUPOILJournaliste

Rédacteur en chef de Fréquence ESJ

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