La CGT manifeste, l'Assemblée nationale commente
PARLEMENT - Pour la première fois depuis le début du mandat de François Hollande, la CGT manifeste dans plusieurs villes de France. L’organisation syndicale avait clairement appelé à voter pour François Hollande en mai dernier. Les syndicalistes sont-ils trop impatients ou sont-ils « cocus » comme l’affirme le député Nicolas Dupont-Aignan ?
La CGT appelait mardi à manifester à Paris et dans plusieurs villes de province « pour l’industrie et l’emploi » dans un contexte difficile : plus de trois millions de chômeurs, plusieurs plans sociaux importants. En fin de journée, la CGT recensait « plus de 90.000 participants » et « se félicitait de cette forte mobilisation ». Le syndicat demande également « une réponse aux urgences sociales ».
Interrogé mardi avant la manifestation parisienne, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault assurait qu’il « ne s’agit pas d’un message uniquement destiné au gouvernement mais à l’égard de tous les interlocuteurs », ajoutant : « il y a urgence sur la situation ». Le syndicaliste veut de « nouvelles décisions sinon la courbe du chômage ne s’inversera pas dans un an comme on nous le dit ». « La CGT a contribué a un changement de président de la République, c’est bien pour avoir des changements dans les politiques économiques et sociales », précise Bernard Thibault lors de son point presse.
Les manifestants "sont super cocus"
À l’Assemblée nationale, les députés interrogés par Fréquence ESJ sont partagés sur le symbole de cette manifestation. Pour le député souverainiste Nicolas Dupont Aignan, les manifestants « sont super cocus ». « François Hollande fait la même politique que Nicolas Sarkozy mais c’est surtout triste pour le pays », ajoute-il. Le député de l’Essonne ne pensait pas voir une manifestation « si vite ». « Je pensais que ça mettrait un an, ça a mis trois mois », dit-il.
Le radical de gauche, Olivier Falorni, assure que « les organisations syndicales sont dans leur rôle, celui de continuer à défendre les intérêts des salariés. Je ne pense pas que ce soit aujourd’hui une manifestation dirigée contre le gouvernement. C’est la logique des organisations syndicales qui sont là pour alerter », note le député de La Rochelle. Le tombeur de Ségolène Royal estime qu’Arnaud Montebourg « a une tâche difficile, et un objectif ambitieux », ajoutant : « Il ne pourra pas avoir des résultats en trois mois, même pas en un an, c’est une mission à long terme qu’il a engagée ».
"L'élection de François Hollande a été un leurre"
Jean-Claude Bouchet (UMP), pensait que les manifestants « seraient descendus dans la rue plus rapidement ». L’élu du Vaucluse, membre de la droite populaire, affirme que « l’élection de François Hollande a été un leurre ». « À l’Assemblée, on voit que les députés de la majorité et les ministres découvrent la situation au jour le jour, donc oui aujourd’hui en France il y a des millions de Français déçus. Ils attendaient autre chose ».
« Depuis la loi de 1884, les syndicats sont tenus à une neutralité politique. Ils ne l’ont pas respectée. Aujourd’hui il faut que ces militants se retournent contre leurs leaders », ironise le président du groupe UMP, Christian Jacob. « La CGT c’est un peu son métier de manifester », ajoute ce proche de Jean-François Copé.
"Il faut que chacun prenne conscience de la situation"
La députée PS de Corrèze, Sophie Dessus assure « comprendre » les manifestants : « Qu’ils rappellent à l’ordre, qu’ils disent que c’est difficile, c’est normal ». L’élue veut souligner que cette manifestation « n’est pas contre François Hollande mais est là pour rappeler des réalités ». « C’est vrai que ça sera interprété par la droite comme une opposition », concède-t-elle. « François Hollande est un homme qui a toujours été à l’écoute des Français » assure Sophie Dessus. « Il faut que chacun prenne conscience de la situation du pays et ajuste ses revendications à cette situation», affirme Patrick Mennucci, député PS des Bouches-du-Rhône. « Je remarque que les organisations syndicales sont prudentes », dit-il.
«Je les comprends », soupire Patrick Balkany, député UMP des Hauts-de-Seine. « Quand vous avez neuf millions de Français parmi les plus modestes qui gagnaient un peu plus tous les mois grâce aux heures supplémentaires défiscalisées, et qu’on leur a supprimé la défiscalisation de ces heures supplémentaires, ça a fait très mal », assure le maire de Levallois-Perret.
Propos recueillis par Tristan Quinault Maupoil et Pierre Dumazeau
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