Viktor Orban, le fossoyeur de la démocratie hongroise ?
Alors que la devise hongroise, le forint, est tombé à son plus bas taux face à l’euro mercredi 4 janvier, la Hongrie inquiète aujourd’hui les autorités européennes et américaines. Les privations de liberté et la réforme de la Banque Centrale inscrites dans la nouvelle constitution sont dénoncées par l’Union Européenne et par Washington. Lundi 2 janvier, des dizaines de milliers de hongrois avaient protesté contre cette nouvelle constitution « antidémocratique », instaurée par le Premier ministre Viktor Orban.
Une nouvelle Constitution « liberticide ».
Le 23 décembre, les délégations du FMI et de l’UE ont rompu les négociations avec le régime hongrois. Ce dernier avait demandé en novembre une aide de 15 à 20 milliards d’euros afin de rassurer les investisseurs. La nouvelle constitution grave dans le marbre le monopole de l’Etat dans les domaines financiers via la Banque Centrale, et médiatiques avec le contrôle des médias par l’Etat. La dernière radio libre a été interdite en Hongrie et le parti socialiste a été rétroactivement désigné coupable des crimes du régime communiste. L’évolution autoritariste du régime de Viktor Orban inquiète les autres pays européens.
Depuis son élection en 2010 à la tête du Fidesz (« confiance » en latin), le Premier ministre Orban a fait voter plus de 200 lois afin de verrouiller son pouvoir. Ces lois majoritairement liberticides ont abouti à cette nouvelle constitution. Grâce à sa majorité parlementaire (2/3 des sièges), il a évincé le Conseil constitutionnel, et s’est attaqué à la liberté de la presse, de la justice, des médias, et de la Banque Centrale. Le mot « Hongrie » remplace la »République de Hongrie » dans la nouvelle constitution, marquant l’ascension autoritariste du régime.
D’un Fidesz libéral à un gouvernement « liberticide »
C’est grâce à la une des journaux le 16 juin 1989 qu’il s’était fait connaître, en scandant « Dehors les russes ». En 1988 Viktor Orban fonde avec d’autres étudiants l’Alliance des jeunes démocrates, ou Fidesz. Cette alliance marque une alternative aux jeunesses communistes. Il s’agissait de brillants étudiants « cruellement déçus par les étudiants budapestois qui les regardaient de haut ». Lors des premières élections libres en mars 1990, une vingtaine de représentants du Fidesz se font connaître. On voit alors l’image d’un progressiste libéral en Viktor Orban, toujours mal rasé et sans cravate.
Mais c’est en 1993 que le chef du Fidesz opère le tournant. Le parti devient alors « conservateur et bourgeois ». Plusieurs libéraux quittent le Parti après le renforcement du pouvoir du leader. Il veut alors bâtir un parti conservateur sur la base de la CDU allemande. A partir de 1994, les socialistes et les anciens dissidents, réunis au sein du Parti des Démocrates Libres, se répartissent les places à l’Assemblée. Le Fidesz les voit profiter de nombreuses privatisations. Une polémique manichéenne a lieu à cette époque entre les « communistes » et les « vrais hongrois ».
En 1998, Orban devient Premier ministre. Très populaire, il séduit les masses et essaie de donner une légitimité historique au Fidesz. Ce dernier se définit comme un parti pro-familial et qui encourage la libre concurrence. En 2002, Orban est battu et fonde, à travers des sociétés écrans, Hir TV, la première chaîne d’information en continu hongroise. Il crée progressivement un empire médiatique, qui finance sa guerre de position avec la gauche socialiste.
Lors de son investiture en 2010, il clame que son gouvernement sera « européen ». Son ambition l’aura poussé à des prises de position extrême. Ses positions nationaliste et populiste risquent pourtant de ne pas résister au poids écrasant de la dette hongroise.

Commenter