Un lieu de « femmage » à Paris

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VIOLENCES CONJUGALES - À l’occasion du premier anniversaire du mouvement « Collages Féminicides », les colleuses ont érigé un mémorial pour rendre hommage aux victimes de féminicides. D’après le collectif, il y en aurait eu 111 depuis le 30 août 2019. Chacun des noms des victimes a été affiché.

 

« Femmage »

Les murs du 44 rue Bouvier, dans le XIe arrondissement de Paris, sont désormais recouverts de noms et de fleurs en « femmage » aux victimes de féminicides. Le « femmage » est une sorte de traduction du mot « hommage ». Dans la lutte féministe, les mots ayant pour racine « homme » ou « père » sont modifiés pour laisser plus de place aux femmes dans le vocabulaire. Sur leur compte Instagram, @collages_feminicides_paris, les colleuses ont exprimé leur colère face aux crimes sexistes perpétrés en France depuis un an : « Entre notre premier collage et aujourd’hui, 111 femmes ont été assassinées par leur (ex) conjoint. La vie de 10 travailleuxses du sexe leur a été arrachée. D’autres sont mort.e.s encore, victimes de la domination patriarcale misogyne, comme Céleste, 15 ans, violée et tuée il y a quelques jours par un violeur multirécidiviste. Ce sont leurs noms que nous collons ce soir, au cœur d’un mémorial […] ».

Une critique au nouveau gouvernement

En plus de rendre « femmage » aux victimes, le collectif blâme le nouveau gouvernement. Pour les colleuses, la promesse du président Emmanuel Macron de faire de la lutte pour l’égalité des sexes « la grande cause du quinquennat » n’est pas tenue. Elles dressent un constat alarmant : « notre ancienne secrétaire d’Etat chargée de notre protection passe sous la direction du nouveau ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, nommé alors que le dossier pour viol sur une ancienne travailleuse du sexe est en cours d’instruction. Éric Dupond-Moretti, notre nouveau ministre de la Justice est quant à lui un défenseur historique des auteurs de féminicides et du harcèlement de rue, ayant promu à de nombreuses reprises la culture du viol, le slut-shaming (abaisser ou culpabiliser une femme à cause de son comportement sexuel) et le victim-blaming (Blâmer la victime). »

Une occasion de revenir sur les actions du collectif

Malgré les critiques sur la gestion de la cause antisexiste, le collectif souligne les avancées du mouvement et « la sensibilisation au sujet des violences de genre, conjugales et des féminicides ». Selon Collages Féminicides, il y aurait « près de 3 000 colleuses à Paris, plusieurs milliers de militant.e.s dans 200 villes en France, ainsi que dans une dizaine de pays dans le monde ». Leur moyen d’expression, le collage, représente selon leurs mots un « extraordinaire dispositif d’expression et de lutte » qui a « très rapidement évolué et été investi par d’autres groupes, pour aujourd’hui aborder d’autres thématiques comme le racisme, les violences faites aux travailleuses du sexe, les LGBTQIA+phobies, l’islamophobie, la pédocriminalité et les violences faites aux enfants, ainsi que les violences sexistes de manière globale ».

Un lieu de recueillement

Depuis sa création le 30 août, le mémorial a reçu des milliers de visites : familles des victimes, rescapées et personnes soutenant le mouvement. Le collectif Collage Féminicide encourage chacun et chacune à venir se recueillir, à déposer des fleurs ou à allumer des bougies en mémoire des victimes. 

 

Photo : Audrey Richaud

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