Michel Thooris : « Il n’y a pas de violences policières mais un épuisement des policiers »

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INTERVIEW - Pour Michel Thooris, secrétaire général du syndicat France Police – Policiers en colère, les violences policières, si elles existent, sont le fait de la dureté de leur travail et des directives données par le gouvernement. 

 

« Il n’y a pas de violences policières ». Alors que l’exécutif change son discours et reconnaît petit à petit l’existence des violences policières, Michel Thooris campe sur ses positions. « Il y a simplement une situation où les collègues sont totalement épuisés par les maintiens de l’ordre » explique-t-il.

Le 3 janvier dernier, Cédric Chouviat est contrôlé par les forces de l’ordre sur le Quai Branly et se serait montré agressif envers les fonctionnaires. Il est alors maîtrisé par trois agents avec un plaquage ventral avant de faire un malaise cardiaque. Cédric Chouviat meurt deux jours plus tard. Les avocats de sa famille ont porté plainte pour « violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique ayant entraîné la mort », persuadés que l’interpellation violente a entraîné le décès du livreur. Michel Thooris préfère ne pas s’exprimer sur cette affaire : « Il y a une enquête en cours, ce n’est pas à moi aujourd’hui de me prononcer à la place de la justice ». Pour lui, il est tout de même hors de question d’interdire la technique du plaquage ventral, déjà interdite dans plusieurs pays de l’Union Européenne à cause de son potentiel létal. « C’est totalement ridicule cette histoire d’interdire des méthodes d’interpellation, les collègues ne font pas de plaquages ventraux par plaisir ». L’usage de cette technique d’immobilisation a tout de même amené la France à se faire condamner par la Cour Européenne des Droits de l’Homme en 2007 et en 2017.

« Ce n’est pas un problème policier, c’est un problème de gouvernement »

L’usage des lanceurs de balles de défense, reconnus comme « arme de guerre » par la réglementation internationale, est aussi pointé du doigt. « Concernant l’usage des LBD, vous ne pouvez pas rejeter ça sur la responsabilité des fonctionnaires de police. » défend Michel Thooris. Pour lui, la hiérarchie allant de la Préfecture au Gouvernement est responsable des faits de violence policière. « Si abus il y a eu, il faut appeler monsieur Castaner et lui demander pourquoi il a ordonné l’usage de cette arme contre les manifestants. Ce n’est pas un problème policier, c’est un problème de gouvernement et d’orientations politiques qui sont données à mes collègues ». En 2018, année du début du mouvement des Gilets Jaunes, l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) a enregistré une hausse de plus de 200% de l’usage des LBD. 19 000 munitions ont été tirées contre un peu plus de 6 000 en 2017. Michel Thooris assure que la police fait correctement son travail, malgré les pressions de la hiérarchie policière : « On a dénoncé depuis plus d’un an la gestion des maintiens de l’ordre dans les opérations Gilets Jaunes. On a dénoncé depuis des années la politique du chiffre qui nous est imposée par le Ministère de l’Intérieur et on dénonce évidemment quotidiennement les manques de moyens matériels ».

Depuis peu, des vidéos de violences policières circulent sur les réseaux sociaux. L’une d’elle montre un agent de police faisant un croche-patte à une manifestante à Toulouse. Michel Thooris condamne le geste mais accuse une nouvelle fois le contexte et les conditions de travail : « Allez faire du maintien de l’ordre, vous verrez au bout de huit heures ou dix heures avec le poids du matériel, à respirer de la lacrymogène, à prendre des ordres contradictoires de la part de votre hiérarchie, vous verrez dans quel état physique et psychologique vous serez ».

En 2019, le nombre de saisines de l’IGPN a bondi de 20%, atteignant le nombre de 1 400 enquêtes pour des soupçons de fautes commises par la police, un record. L’IGPN est cependant accusée de partialité car dépendant directement du Ministère de l’Intérieur. Elle minimiserait les faits de violences policières selon ses détracteurs. En novembre 2019, sur les 212 enquêtes confiées à l'IGPN, 146 ont été clôturées dont 54 classées sans suite. 

 

 

Photo : Ludovic Marin / AFP

 

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