Pieyre-Alexandre Anglade : « Cette expression de génération sacrifiée me révolte »

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INTERVIEW / VIDEO - Le député La République en marche Pieyre-Alexandre Anglade était en direct dans « 20h, l’invité », mardi 19 janvier, sur Fréquence ESJ. L’élu de la 4e circonscription des Français de l’étranger, qui représente les Français basés au Benelux, est revenu sur la situation de la France face au Covid, sous deux regards différents: la problématique des frontières et la situation de la jeunesse étudiante. Une jeunesse qu’il se refuse à appeler une « génération sacrifiée ». Autre sujet sensible abordé pendant l'émission : l’examen du projet de loi visant à lutter contre les séparatismes.

Alors que le variant anglais de la Covid-19 inquiète de plus en plus et que sa propagation en France semble inévitable, la question d’un renforcement du contrôle des frontières s’impose. Pourtant Pieyre-Alexandre Anglade l’assure « la seule mesure de fermeture des frontières n’a strictement aucun effet », en prenant exemple sur les États-Unis  qui viennent de dépasser la barre des 400 000 décès liés au Coronavirus. Jusqu’ici, les déplacements à l’intérieur même de l’espace Schengen ne sont pas soumis à des contrôles ou des tests, un atout pour permettre aux frontaliers de se rendre à leur travail chaque jour selon le député. Néanmoins, il le concède : « Désormais, nous sommes dans une situation épidémique différente avec le variant britannique qui exige, je le crois, des mesures supplémentaires ».

« JE CROIS EN L’AUTO-RESPONSABILITÉ DES GENS»

Les mesures souhaitées par le député sont la présentation d’un test négatif avant le départ, la mise en quatorzaine à l’arrivée, avant un 2e test négatif à l’issue de ce confinement pour valider la libre circulation du voyageur. Et ce, pour les voyageurs interne à l’espace Schegen, entre pays européens. Pieyre-Alexandre Anglade a donc dû être déçu jeudi 21 janvier lorsqu’il a été annoncé l’obligation à partir de dimanche de présenter un test PCR négatif datant de moins de 72h pour les voyageurs intra-européens, mais pas de quatorzaine ou de second test. Pour ce qui est du respect de ces mesures ou de celles déjà en place pour les personnes arrivant d’Afrique du Sud, foyer d’un autre variant redouté, l’élu Marcheur croit « en l’auto-responsabilité des gens. On ne va pas mettre un policier derrière chacun des ressortissants sud-africains (…) Je crois que la capacité des uns et des autres à respecter les consignes qui leur sont données aujourd’hui fait ses preuves. »

« OUI, IL VA FALLOIR ENCORE TENIR »

Le coronavirus fait des victimes directes, mais bien plus de victimes collatérales. Les restaurateurs, les employés de l’événementiel, mais aussi la jeunesse étudiante, privée dans son immense majorité de cours en présentiel depuis des mois. Pierre-Alexandre Anglade dit comprendre la détresse et les angoisses qui peuvent saisir les étudiants, sans que celui qui se décrit comme un miraculé de l’école, ne veuille supposer si oui ou non il aurait gardé la motivation de poursuivre ses études dans cette situation. Il assure : « on ne peut pas dire que la situation étudiante soit prise à la légère par le gouvernement et par le président de la République. Oui il va falloir encore tenir. ». Plus facile à dire qu’à faire pour les millions d’étudiants dans cette situation même si le représentant des Français du Benelux rappelle que Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement Supérieur, a donné plus de visibilité en permettant aux étudiants de 1ere année d’assister à leurs Travaux Dirigés en demi-classe, soit 285 000 étudiants sur 2,7 millions.

« CETTE EXPRESSION DE GÉNÉRATION SACRIFIÉE ME RÉVOLTE »

Suite à la pression des étudiants, la situation va finalement évoluer dans les prochains jours. Emmanuel Macron a annoncé son souhait de permettre une journée en présentiel par semaine à tous les étudiants, ainsi que deux repas par jour à 1€ dans les restaurants universitaires. Pour le volet financier, Pieyre-Alexandre Anglade n’est d’ailleurs pas favorable à un RSA pour les 18-25 ans dans cette configuration mais pense qu’il faut réfléchir à des dispositifs d’accompagnement pour les étudiants de la classe moyenne. Pour ce qui est du mal-être étudiant, ne parlez pas de « génération sacrifiée » devant le député puisque « cette expression de génération sacrifiée me révolte (…) car il n’y aura pas de génération sacrifiée !». Selon l’homme politique, les études vont se poursuivre, les examens auront lieu et les diplômes conserveront leur valeur, une analyse qui occulte l’aspect social de la vie étudiante. Pour ceux qui lutteraient actuellement pour ne pas décrocher scolairement, l’élu macroniste soutient : « il faut que celles et ceux qui sont inscrits dans un cursus universitaire se tiennent à ce cursus malgré la situation difficile ». Un message de moins en moins audible pour nombre d’étudiants. 

« CE TEXTE NE VISE PAS L’ISLAM »

Un projet de loi crucial est examiné ces derniers jours à l’Assemblée: celui visant à lutter contre les séparatismes. En clair une commission spéciale de l’Assemblée nationale doit définir ce qui correspond ou non aux « principes républicains ». Pour Pieyre-Alexandre Anglade, cela veut dire « s’attaquer à toutes celles et ceux et à toutes les organisations qui développent un projet qui vise à développer une société parallèle autour de pratiques qui ne sont pas celles de la République ». L’une des propositions les plus polémiques de ce texte a été formulée par sa collègue de LREM, Aurore Bergé, qui souhaitait interdir le port du voile aux petites filles. Même si elle a été jugée irrecevable, Pieyre-Alexandre Anglade précise qu’il ne l’aurait pas soutenu car « cela aurait focalisé l’attention politique et médiatique de ce texte de loi autour de cette seule question qui n’est objectivement aujourd’hui, pas le problème fondamental auquel est confronté notre pays ». Si de nombreux observateurs, dont la Défenseuse des Droits, considèrent que c’est la communauté musulmane qui est visée par ce projet de loi, le jeune élu le soutient : « ce texte ne vise pas l’Islam, il vise celles et ceux qui dans des associations, des organisations culturelles ou sportives, mènent une action de prosélytisme et dévoient la religion pour mener un projet parallèle aux valeurs de la République ».

« L’ISLAM DANS NOTRE PAYS N’A PAS SU S’ORGANISER COMME LES AUTRES RELIGIONS ONT SU LE FAIRE »

Même si le texte est censé viser tous les séparatismes, il concède tout de même « Aujourd’hui, l’un des problèmes majeurs de notre pays, c’est le séparatisme islamique qui est un projet politique, réfléchi, pensé par un petit nombre d’individus et qui vise à ce qu’une partie de nos concitoyens de confession musulmane se construisent en marge de la République». L’enjeu de ce débat est tel selon le député qu’il n’y a pas de tabou à avoir sur le sujet et ne prête pas attention au fait que certaines propositions d’élus LREM soient soutenues par Marine Le Pen. Pour respecter les principes républicains, les représentants principaux de l’Islam en France ont rédigé, sous l’impulsion du gouvernement, une charte des valeurs de l’Islam. Pour éviter l’influence de puissances étrangères qui envoyaient selon l’élu des imams allant à l’encontre des valeurs de la République, des imams « labellisés » par un Conseil vont apparaître petit à petit. La raison ? « L’Islam dans notre pays n’a pas su s’organiser comme les autres religions ont su le faire (…) », le but est, selon le député des Français du Benelux, d’agir après avoir détourné le regard pendant plusieurs années. 

Regardez l'émission en vidéo

 

Photo : Manon Blangis / Fréquence ESJ 

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