Fabienne Keller, députée européenne sur le plan de relance européen : « Soit on va s’en sortir tous ensemble, soit on va tous plonger dans une économie en récession »

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INTERVIEW / VIDEO - La vice-présidente d’Agir et eurodéputée, Fabienne Keller, était l’invitée politique de Fréquence ESJ, mardi 9 mai. L’occasion d'évoquer le plan de relance européen massif qui se dessine mais, également, les élections municipales qui se déroulent dans moins de deux semaines. L’ancienne maire de Strasbourg est également revenue sur l’un des sujets centraux de l’actualité, les violences policières.

 

500 milliards d’euros : c’est le gigantesque plan de relance qui se met en place pour sauver l’Europe d’une crise sans précédent. Et l’enveloppe semble grossir à vue d’oeil. Une aide visant à aider le secteur privé, tout à fait logique selon Fabienne Keller : « comme après toutes les grandes crises, il faut que les acteurs publics épaulent les acteurs privés en difficulté. ». Pour financer ce projet pharaonique, ce ne sont pas les pays, chacun de leur côté, qui vont cette fois-ci emprunter et s’endetter. L’Union européenne va permettre de mutualiser le financement en empruntant à un taux très avantageux. Puisque n’ayant jamais emprunté d’argent jusqu’ici, l’institution affiche une dette de 0€. Pour rembourser ce qui devrait finalement atteindre les 1 250 milliards d’euros, d’autres pistes sont explorées comme une taxe sur les géants du net. L’eurodéputée explique : « Sur la taxe des GAFAs, c’est quand même incroyable ! (…) On s’est fait avoir ! En plus, on les a laissé s’installer dans un lieu où la fiscalité est très basse, en Irlande. (…) Ce n’est pas possible une activité en plein développement et qui ne contribue pas du tout à l’action publique, la santé, les écoles. Ce n’est pas durable ça. Il faut que chacun contribue à la hauteur de son activité ». Ne reste plus qu’à voir si la législation européenne arrivera à faire plier les puissants lobbies présents à Bruxelles et Strasbourg. En attendant, Fabienne Keller milite pour une relance rapide grâce à la réouverture des frontières entre les différents partenaires européens, en particulier entre la France et l’Allemagne. L’ancienne sénatrice tente de rassurer sur une éventuelle seconde vague de Covid-19, en déclarant que « la situation est encore grave mais elle est sous contrôle. On a surtout un dispositif de surveillance ». Elle explique également sa logique, considérant que la majorité des pays européens ont été touchés au même moment, qu’ils sont aujourd’hui à peu près tous au même stade épidémique et donc qu’il est raisonnable de rouvrir les frontières. Notamment pour une raison principale : « On doit retrouver un principe fondateur de l’organisation européenne, c’est la libre circulation ».  

« Nous voulons être un peu disruptif (…) et pas être dans le débat politique stérile, auquel franchement, Les Républicains se consacrent très souvent » 

Fabienne Keller a été maire de Strasbourg entre 2001 et 2008. Le second tour du scrutin municipal s’annonce d'ailleurs plus serré que jamais dans la capitale de l’Europe. Quatre listes ont rassemblé plus de 18% des voix au premier tour, ouvrant la porte à une quadrangulaire. Assez discrète lors de la campagne, Fabienne Keller a rappelé qu’Agir soutenait la liste de La République en Marche portée par Alain Fontanel, 1er adjoint au maire actuel, Roland Ries. Ce dernier est en quelque sorte l’ennemi historique de Fabienne Keller, puisqu’il l’a battu à deux reprises, à l’époque où chacun appartenait respectivement au Parti Socialiste et aux Républicains. Mais, depuis, les clivages se sont effacés, le parti présidentiel a rassemblé ceux qui étaient autrefois adversaires. A l'inverse, Fabienne Keller ne soutient pas le candidat Les Républicains Jean-Philippe Vetter, son ancien assistant parlementaire. Mais un rebondissement de dernière minute a changé la donne puisque LREM et LR ont finalement fusionné pour le second tour, faisant dire à Fabienne Keller qu’« Aujourd’hui, tout ce monde est ensemble, sur une liste fusionnée, qui est une belle liste et dont j’espère qu’elle va l’emporter à Strasbourg, pour l’intérêt des Strasbourgeois. ». Une alliance avec son ancien parti donc, même si elle affirmait plus tôt qu’avec Agir, « Nous voulons être un peu disruptif dans le sens où nous souhaitons faire avancer les choses et pas être dans le débat politique stérile, auquel franchement, Les Républicains se consacrent très souvent ». 

À propos des écologistes strasbourgeois : « Ce sont des personnes doctrinaires ». 

Cette fusion pour le second tour des municipales a été poussée par un score impressionnant de la candidate Europe Ecologie Les Verts, Jeanne Barseghian. Elle a récolté presque 28% des voix au premier tour, soit 8 points de plus que son premier poursuivant. Un score représentatif de la montée en puissance des écologistes dans de nombreuses métropoles. Mais, selon Fabienne Keller, à Strasbourg en tout cas, puisqu’elle précise qu’elle ne se permettrait pas de juger les responsables des autres villes, les écologistes font preuve de démagogie. « Ils ne sont pas porteurs d’un vrai projet de développement durable. Ce sont des personnes doctrinaires. Le pire îlot de chaleur de Strasbourg vient d’être terminé, il a été construit par eux. ». En cause de ces attaques également, la rénovation de l’usine d’incinération de Strasbourg, qu’elle attribue à Robert Hermann, le président de la métropole de Strasbourg, avec le soutien des écologistes. Selon l’eurodéputée : « l’incinération est une manière de traiter les déchets complètement dépassée. Donc réparer cette usine et y injecter 200 millions d’euros, j’ai trouvé que ce n’était pas du tout une bonne décision ». Elle conclut en rappelant que les écologistes ne sont pas les seuls à proposer des solutions pour la ville de Strasbourg et qu’elle « préfère les écolos actifs, ceux qui développent vraiment des transports innovants, ceux qui ont une vision sur la qualité de l’air ».  

« L’étranglement est une technique extrêmement dangereuse qui ne doit être manipulée que dans des cas où le policier est en risque vital » 

L’un des sujets qui occupent l’espace médiatique et politique, ces dernières semaines, est la question des violences policières. Face aux attaques et au désamour d’une partie de la population pour les forces de l’ordre, Fabienne Keller a exprimé sa confiance envers la police en expliquant qu’il y a une tension avec la population, notamment depuis le mouvement des gilets jaunes. « Les policiers ont une mission qui peut être difficile à certains moments, notamment quand arrivent des gens qui veulent en découdre. Ce sont des professionnels, d’où leur équipement qui est assez impressionnant parfois ». Un équipement impressionnant certes, mais aussi des techniques spectaculaires et très décriées comme celle de l’étranglement. À ce sujet, Fabienne Keller déclare que « c’est une technique extrêmement dangereuse qui ne doit être manipulée que dans des cas où le policier est en risque vital. (…) La réponse doit être proportionnée à l’attaque ». Mais la question des violences n’est pas la seule qui semble gangrener les forces de l’ordre suite à la découverte de deux groupes Facebook rassemblant plusieurs milliers de policiers et où on peut y retrouver des propos racistes. Pour la députée européenne, « Dans une fonction professionnelle où la déontologie est la règle, ce n’est pas acceptable. ». Il faut, selon elle, que ceux qui conduisent les procédures contre les policiers, les contre-pouvoirs, la police des polices, soient protégés. Elle conclut en expliquant que « Chaque fait est inadmissible donc ils doivent être poursuivis selon les règles internes et, si cela se justifie, selon des poursuites devant la justice. Le racisme est un délit, il n’y a pas besoin d’un nouvel arsenal juridique. Et c’est aggravé si c’est une personne en situation d’autorité comme un policier ». Pour améliorer la situation et renouer le dialogue entre police et population, Fabienne Keller évoque une initiative qu’elle porte avec Patrick Braouezec en tant que présidente nationale du Conseil des villes. Cet organisme s’occupe des quartiers fragiles et le but est de proposer, dans leurs centres de jeunesse, un permis de conduire avec la police. Pour que l’apprentissage se fasse aux côtés des forces de l’ordre, tout en apprenant à mieux connaitre le métier de policier. 

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Photo: Max PPP

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