Ugo Bernalicis : « Pour le retour à l’école, il aurait été plus sage d’attendre septembre ! »

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INTERVIEW / VIDEO - Ugo Bernalicis, député La France Insoumise, était l’invité politique de « Sortez Dedans ! l’Info ». En visioconférence depuis chez lui, il a expliqué l’incohérence et le danger du retour des élèves à l’école le 11 mai.

 

« Le retour des élèves à l’école n’est pas organisé. C’est une décision déraisonnable ! » s’est insurgé le député de la deuxième circonscription du nord, Ugo Bernalicis, mardi 5 mai. Insoumis dans l’âme, il n’approuve pas la décision du gouvernement. Selon lui, le retour à l’école n’est qu’une hypocrisie. L’enjeux n’est pas la continuité pédagogique mais bien de relancer l’économie. « La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a été clair à ce sujet. Si vous n’avez pas une attestation de l’école, disant qu’elle ne peut pas recevoir votre enfant, vous ne pourrez plus bénéficier, vous ou votre entreprise, du chômage partiel ou de vous mettre en arrêt maladie pour garde d’enfants. Le choix est vite limité ». Pour Ugo Bernalicis, l’objectif n’est donc pas « de donner le choix aux gens, mais d’obliger les français à retravailler ».

Le retour des élèves en classe se fera différemment selon chaque département et chaque ville. Pour le député, ces mesures sont floues et ne seront pas efficaces. « C’est la France à géométrie variable. Qu’on ne vienne pas me raconter que c’est une histoire de continuité pédagogique ! Nous n’avons pas la garantie, et les enseignants n’ont pas la garantie, d’avoir le matériel adéquat pour se protéger eux-mêmes et protéger les élèves ». La décision la plus judicieuse aurait donc été de reprendre les cours en septembre, comme l’Italie. « Vu l’incurie du gouvernement et son incapacité à nous approvisionner correctement en masques, en gants et en gels hydroalcoolique, oui, pour le retour à l’école, il aurait été plus sage d’attendre septembre ».

« Ceux qui achètent des masques, hors de prix, dans les supermarchés sont en train de se rendre compte que nous n’avons pas les moyens dé déconfiner sérieusement le 11 mai »

Ugo Bernalicis le dit. Le gouvernement n’a pas su gérer la réserve et les commandes de masques. « Il y a des tas de gens qui se gavent. (…) On a fait des stocks de masques pour pouvoir déclencher les livraisons le 11 mai dans les grandes surfaces et les pharmacies. On a fait de la rétention en amont, alors que les aides-soignants n’en avaient pas suffisamment. Je ne parle pas que des FFP2 mais des masques chirurgicaux classiques aussi ».

Si la France Insoumise avait été à la tête de l’Etat, le parti aurait agi différemment dans la gestion de la crise. « Dès le premier jour de décision du confinement, même avant puisque les alertes ont été lancées avant le début du confinement, (…) il aurait fallu réquisitionner et nationaliser un grand nombre d’entreprises. Puis, il aurait fallu recréer des chaines de production de masques sur le territoire. Aujourd’hui on arrive au compte correct de masques, non pas grâce à nos capacités productives, si vous regardez les graphiques du gouvernement, mais par nos capacités d’importation » explique Ugo Bernalicis.

« On ne veut pas un repli de la France. On veut relocaliser les productions »

Selon le député, la France est trop dépendante des autres pays en terme de production. « Il faut recentrer les productions dans le pays pour qu’on soit plus efficace ! ». Cette décision nationaliste, le parti de Marine Le Pen, le Rassemblement Nationale, n’en profitera pas. « Le parti n’est pas à la hauteur. Il a une tradition assez libérale. On ne l’a jamais vu proposer un pôle public du médicament, par exemple. C’était dans le programme de notre parti, « L’Avenir en Commun » en 2017 ». Ugo Bernalicis est sûr de lui : « je pense que nous avons le logiciel politique le plus adéquat pour répondre à ce genre de situation ».

Chaque pays doit recentrer ses productions, selon le député. « On veut que tous les pays dans le monde aient leur capacité propre de production pour satisfaire leur besoin, pour faire face aux différentes crises. (…) On est dans une pandémie, une crise sanitaire, mais les suivantes ne seront peut-être pas des pandémies. Ce seront peut-être des crises écologiques ». Pour Ugo Bernalicis, les difficultés seront les mêmes. La centralisation des productions permettrait à chaque pays d’être prêt à affronter toutes sortes de crises. « Comment s’approvisionner de tel ou tel matériel si vous ne le produisez plus, que le voisin ne le produit plus et que le seul endroit où il est produit, c’est l’endroit où se passe la catastrophe en question ? Le plus logique dans le monde de demain, le monde d’après, c’est de relocaliser pour tous et partout afin de coopérer le plus possible ».

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Photo : Manon Blangis / Fréquence ESJ (Archive)

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