« 120 battements par minute » : un combat bouleversant et contagieux

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CRITIQUE - Récompensé par le Grand Prix du Festival de Cannes 2017, le quatrième long métrage de Robin Campillo retrace le début de l’association Act Up-Paris en 1989 et le combat acharné de nombreux hommes et femmes militants face à l’indifférence générale

« Bienvenue à Act Up, créé en 1989 sur le modèle d’Act Up New York. Ce n’est pas une association de soutien aux malades, mais un groupe d’activistes qui vise à défendre les droits de toutes les personnes touchées par le sida ». Robin Campillo plante immédiatement le décor lors de la première scène. À Paris, au début des années 1990, l’association regroupe de fervents militants issus de la communauté homosexuelle qui n’ont pas froid aux yeux et n’ont qu’une seule idée en tête : sortir de l’ombre.

Toujours en collectivité, ils n’hésitent pas à descendre dans les rues, s’appropriant des symboles tels que le triangle rose ou la pose osée d’un préservatif géant sur l’obélisque de la Concorde. L’idée est de faire passer un message clair aux médias et aux hommes politiques. « Au-delà de ce qui fait la colère d'Act Up, il y a toujours eu aussi une dénonciation de la norme, de ce qui devrait décider de ce qui est bien, de ce qui est mal, de si nos vies sont correctes ou pas », dénonçait l’ex présidente de l’association Emmanuelle Cosse à Yagg en 2009.

Bon nombre d’hommes, de femmes, d’homosexuels, d’hétérosexuels, de séropositifs, de séronégatifs ou encore de mères de séropositifs dénoncent haut et fort la gravité de la situation. Cela fait déjà dix ans que l’épidémie du sida se répand et la seule réponse de l’État est le silence. La solution la plus efficace est d’agir, et c’est ainsi que, jusqu’en 1996, les activistes s’engagent en travaillant en urgence pour le développement et la mise sur le marché en France de traitements contre le VIH.

Rendre la justice

« J'ai voulu faire un film sur le sida dès les premières images de malades que j'ai vues dans les journaux » se confiait Robin Campillo à France Inter. Avec 120 battements par minute, le réalisateur entend rétablir la vérité. Cette dernière aurait été déformée par les médias à l’époque où il était, lui aussi, militant Act Up-Paris. La maladie du sida représente un sujet très personnel pour le scénariste qui a avoué à Paris Match avoir mis de longues années avant de pouvoir traiter cette question ressassant de douloureux souvenirs.

Ce long métrage retrace alors la multiplication des actions de militants Act Up pour lutter contre l’indifférence de la société. De nombreuses personnes rejoignent le groupe, dont Nathan. Il va rapidement être bouleversé par la personnalité radicale de l’activiste Sean, sévèrement atteint de la maladie. Entre humour cinglant, autodérision, désaccords et ironie bienveillante, nous suivons un véritable théâtre de la parole qui bouleverse et galvanise. Le dernier discours de Sean lors d'une réunion hebdomadaire de l'association témoigne des aspirations de Robin Campillo : « nous ne voulons pas mettre untel ou untel en prison, nous voulons la justice ». Avec « 120 battements par minute », c’est chose faite.

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