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« Ma Loute », quand l’absurde s’invite sur la Croisette

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CRITIQUE - « Alors, vous avez compris quelque chose ? » Discutez avec une personne qui a visionné « Ma Loute », et elle vous posera à coup sûr cette question. Entre personnages complètement perchés et satire sociale, le réalisateur Bruno Dumont casse les codes. Un film dingue qui pourrait prétendre à la Palme d’Or. 

Depuis ses débuts, Bruno Dumont a cultivé l’absurde comme vertu. À longueur de films, il surprend, désarçonne. Grand prix du jury à Cannes en 1999 et 2006, pour « L’Humanité et Flandres », le réalisateur surprend encore et toujours. Si son style est à présent reconnaissable, sa folie, elle, est sans aucune mesure. Originaire du Nord de la France, Dumont aime peindre et dépeindre sa région natale. En 2014, il réalise la mini-série P’tit Quiquin, qui reçoit une critique dithyrambique, et l’amène sur la Croisette pour la Quinzaine des réalisateurs. Dans « Ma Loute », le Nord est toujours à l’honneur. L’horreur cachée à travers des paysages magnifiques, tel est en quelque sorte le synopsis du film. Une histoire d’amour au pays des cannibales et consanguins, cette nouvelle réalisation souffle un vent de folie sur la sélection de la 69ème édition du Festival de Cannes. Un film complètement déjanté, dans lequel les acteurs ont réussi à se mettre au diapason d’un réalisateur unique en son genre.

Un casting burlesque et fantaisiste

Tous à vos partitions ! Dans les plaines du Nord, deux familles s’opposent. En haut de la colline, les Van Peteghem, de grands bourgeois lillois venus se prélasser dans leur villa. En bas, les pieds dans la vase, les Brufort, de misérables pêcheurs. Dumont revisite ici la lutte des classes. Méprisants et méprisables, les Van Peteghem sont incarnés par un casting de choix. Dans le rôle du père : Fabrice Luchini, ici méconnaissable et irrésistible.

Avec un accent nordiste aussi imprécis que sa démarche, Luchini interprète un bourgeois bossu et benêt. Sa femme, qui est également sa cousine, Valéria Bruni Tedeschi, joue à merveille la bourgeoise coincée. Juliette Binoche, la soeur, quant à elle, est splendidement perchée. Pour donner la réplique à cette pléiade de vedettes du cinéma français, Dumont fait appel comme souvent à des amateurs. Qu’ils soient bourgeois consanguins ou prolétaires cannibales, ces deux familles d’acteurs se complètent à la perfection dans l’art du grotesque. Tous se trouvent dans le cadre idyllique de la Baie de Slack durant l’été 1910. La région est alors le théâtre de mystérieuses disparitions. L’improbable inspecteur Machin et son collègue Malfoy, sorte de Laurel et Hardy à l’accent ch’ti, sont sur le coup. Si l’enquête piétine, une romance entre Ma Loute, le fils aîné des Brufort et Billie de la famille Van Petegem émerge. Mais au-delà de cette histoire d’amour improbable, la force de ce long-métrage réside dans l’art du contrepied de son réalisateur. Les scènes décalées se succèdent, et l’apothéose est atteinte lorsque certains des personnages se mettent à voler… Rien que ça ! Après une scène finale d’anthologie, on déplore néanmoins la durée du film, trente minutes de trop peut-être. S’il y a quelque chose à comprendre dans « Ma Loute », c’est bien qu’il n’y a rien à comprendre. Le jury du Festival de Cannes sera-t-il convaincu ? Réponse le 21 mai.

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