Stéphane Slima: "Je suis venu à la comédie par amour pour un garçon"
L'acteur Stéphane Slima est mort dimanche à l'âge de 41 ans des suites d'un accident vasculaire cérébral. En mars dernier il répondait aux questions de Fréquence ESJ.
Fréquence ESJ : Avez-vous toujours souhaité être acteur ?
Pas du tout. Je suis venu à la comédie par amour pour un garçon. J'avais 16 ans, « plus près de toi mon Dieu, plus près de toi », et lui prenait déjà des cours au Conservatoire d'art dramatique du Mans. J'ai passé une audition, j'ai été pris. Nous sommes montés à la capitale afin d'exercer notre métier en 1987.
Quel a été votre cursus après le Conservatoire ?
J'ai passé le Concours d'entrée du Conservatoire national de Paris. Je l'ai eu mais je suis resté qu'une journée. J'entendais des choses déplaisantes, l'enseignement ne me convenait pas. Mon enseignement précédent était très technique et magique. Je travaillais déjà après le Conservatoire de Paris, j'étais en tournée avec Jacques Fabbri dans Le Malade Imaginaire. J'avais déjà suivi les cours Florent en quelques mois, puis quelques mois chez Jean-Laurent Cochet. Grande leçon, très grande leçon qui résonne encore quand je répète et que je tourne.
" Je devais choisir entre la tournée avec Fabbri et le Conservatoire. J'ai choisi l'immense comique des années 70, il était mon papa de théâtre. J'ai vécu mes plus belles années. "
Dans combien de pièces avez-vous joué après votre tournée avec Fabbri ?
Presque vingt-cinq en comptant mes rôles de figuration. J'étais sur scène avec des comédiens de la Comédie Française. Yves Lecoq me disait pas plus tard que ce midi, nous enregistrions avec Nathalie Marquay Pernaut les Grands du rire : " Vous un ancien de la comédie française ". Mais non pas encore. J'étais très heureux, d'ailleurs je croise les doigts jusqu'à me les péter pour y être un jour...
Comment êtes-vous arrivé à la télévision ?
Grâce aux castings. Je me disais on verra bien, parfois je les voulais absolument. J'avais fait des apparitions à la télé mais aussi au cinéma dont le dernier d'Henri Verneuil, puis est arrivé le casting de Sous le Soleil vers 1995. La mayonnaise a pris entre nous, les histoires étaient de mieux en mieux construites. Je n'aurais jamais pensé, avec l'ensemble de l'équipe, tourner 480 épisodes. Aujourd'hui, elle est celle qui se vend le plus, dans 130 pays il me semble.
Gardez-vous un bon souvenir de l'époque Sous le soleil ? Du mode de vie ?
Nous louions des appartements Pierre & Vacances, et vivions à proximité les uns des autres dans une sorte de village si puis-je dire. Nous nous entendions tous très bien, sans nous prendre au sérieux, et travaillons au mieux en "bon artisan". Ces treize années sont très vite passées.
Est-ce qu'Alain Dulac, le, personnage que vous incarniez, vous suit encore ?
Alain Qulad ? (rire). Je ne sais pas si c'est lui qui me suit où si c'est lui qui a traumatisé une génération entière, en tout cas les adolescentes de l'époque devenues maman font regarder la série à leurs enfants. Alors là, on prend un coup de vieux ! Les réactions des gens restent agréables. Il est loin le temps où je pouvais me faire casser la gueule (nez, côte, coups de latte et insultes : enculez de Dulac). La série s'est terminée en 2006.
Qu'elle a été la suite de votre carrière après la série ?
Il y a eu l'avant, le pendant et l'après Sous le soleil. Je continuais de jouer au théâtre pendant la tournée de la série. Le matin la série, puis je sautais dans un avion avant de jouer le soir au théâtre au Havre, à Toulouse, à Rennes... Dieu merci, ce n'était pas la prison . Nous n'avions pas de contrat d'exclusivité et nous signions tous les mois.
Dans la saison dernière, vous avez joué dans Le Président, sa femme et moi, et maintenant dans Piège à Matignon. Il y a t il une satire du pouvoir ? Une attaque politique ? Ou bien un vaudeville moderne dans ces deux pièces ?
De l'eau à couler sous les ponts depuis Coluche et Thierry Le Luron, mais je crois que les politiques sont toujours aussi ridicules qu'à l'époque. Ils pensent que cela ne se voit pas, seulement de nos jours nous le voyons et nous le voyons beaucoup. Des auteurs en profitent pour aller piquer là où ça peut piquer un petit peu. Je ne pense pas que les politiques soient atteints, au contraire, leur égo est flatté.
Avez-vous passé un casting pour la pièce Piège à Matignon ? Ou connaissiez-vous Nathalie Marquay Pernaut ou Jean-Pierre Pernaut d'avant ?
Oui, nous nous connaissions de quelques festivals. Nathalie a tourné dans Sous le soleil, je la connaissais même si nous n'avions pas de scène en commun. Quand ils ont écrit cette scène, Nathalie me l'a proposé. Voilà un très beau cadeau. Comme quoi la vie n'est pas toujours merdique.
Quand les répétions ont-elle commencé ?
Nous avons travaillé environ trois semaines. Ce qui est un peu ric-rac pour une pièce comme celle-ci. Ces semaines étaient intenses. Il faisait 14°- 15° degré dans le théâtre pendant la grande vague de froid. Nous étions tous malade, à nous peler les miches sous nos grosses doudounes. Cela est anecdotique, nous avons plein de souvenirs. Ce métier est merveilleux, nous nous faisons des frayeurs. Nous sommes complètement cinglés: " On risque notre vie." C'est magique ! On démarre avec des petites lectures, on répète, la pièce ne sort pas, on ne l'entend pas. Les idées arrivent, les réactions et les écoutes suivent puis nous entendons les répliques et leurs sens. La mécanique et les humanités se mettent en place. Petit à petit, la troupe se forme. Le théâtre c'est comme de la cuisine. Hop au four ! Et quand c'est cuit on lève le rideau.
Combien de représentations sont prévues ?
Nous ne sommes pas à l'abris d'un succès. Officiellement la dernière représentation est prévue le 12 avril 2012. L'ensemble de l'équipe espère une aventure jusqu'à cet été.
Combien de personnes forment l'équipe ?
Nous sommes cinq sur scène, un régisseur son et lumière, notre costumière. Formidable travail de la costumière qui a confectionné la jolie robe rouge aux accessoires tête de mort. Notre magique Samantha qui est l'habilleuse et la maquilleuse. Elle me permet de faire toutes ces transformations sur scène. En coulisses, nous n'avons pas le temps d'avoir froid. Il y a aussi les décors et l'attaché de presse.
Quelles ont été les critiques de la pièce ?
Que des bons retours. Pour moi, les insultes ne sont pas considérées comme une critique. Et, j'ai malheureusement rarement la chance d'avoir des critiques constructives.
" L'anti-Pernaut primaire n'est pas juste, beaucoup parlent de la pièce sans savoir ce qu'ils disent. Est-ce q'un nom veut dire quelques chose pour certaines personnes ? "
Piège à Matignon au théâtre du Gymnase Marie Bell. Prolongations au théâtre Daunou à partir du 4 avril 2012.

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