Le Scoop, au théâtre Tristan Bernard
Le Scoop, écrite et mise en scène par Marc Fayet, se joue au théâtre Tristan Bernard dans le 8ème arrondissement de Paris. Une pièce distrayante et bien enlevée sur les dérives du métier de journaliste.
Merlin Pontet est un grand reporter de la vieille époque. Il a couvert dix guerres du siècle dernier et se terre désormais dans son bel appartement du sixième arrondissement. Il est bien décidé à ne parler à personne, et surtout pas aux médias. C’est sans compter sur sa femme, qui aimerait bien que son ours de mari, qui a hiberné avant l’hiver, revienne dans l’actualité et cesse de conspuer la médiocrité des médias contemporains. Le grief de ce héros bourru à l’égard de ses confrères reste leurs bavardages incessants. Les journalistes ne veulent plus tant informer que créer le scandale en décrochant à toute force un scoop, vrai ou faux, qu’importe.
Une intrigue à l’allure d’une fable didactique
Un jeune gandin, fraîchement sorti de son école de journalisme, se présente un jour à Merlin Pontet. Son rédacteur en chef le charge d'un reportage sur ce témoin essentiel du vingtième siècle. Ces trois personnages illustrent en réalité, dans cette fable moderne, trois types de journalistes. Le reporter de guerre est l’homme intègre, passionné de vérité, et prêt à toutes les imprudences pour avoir la meilleure information. Le rédacteur en chef est l’ambitieux, pour qui le scoop peut être créé à loisir, pour peu qu’on s’y prenne bien. Enfin le jeune journaliste pense qu’informer signifie ne rien cacher. La transparence, tel est son maître-mot.
Une pièce vive et spirituelle
La pièce de Marc Fayet vaut assez peu pour sa construction. Des scènes courtes, hachées, peinent à constituer un scénario réellement solide. Les personnages bien campés, notamment par l’excellent Philippe Magnan, ne sortent pas du type qui leur est assigné : ils fonctionnent comme des illustrations de prototypes idéaux si bien qu’on peine à s’y attacher. L’histoire, artificielle, n’échappe pas à la facilité du coup de théâtre final. Mais l’intrigue permet de confronter diverses conceptions du métier de journaliste, dans une langue légère, souvent spirituelle. On y moque leurs travers, leur course au scoop, leur appel grandiloquent à une déontologie dont on ne saisit plus vraiment le contenu. « Mieux vaux être le premier à se tromper qu’être le second à dire la vérité ! » telle est la morale discutée par la pièce qui séduit par son efficacité et ses répliques mordantes.
Marc Fayet, à la fois auteur et metteur en scène de la pièce, nous donne un assez bon moment de théâtre, habile et pertinent. Il livre sur le monde du journalisme une vision brutale, parfois caricaturale. C’est aussi, en creux, un bel hommage au métier de journalisme. En pointant les dérives d’une presse à scandale, Fayet montre ce qu’à ses yeux, informer devrait être : témoigner loyalement de ce que l’on sait, mais non pas sans discernement.

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